Le Mali ou dans la gueule du loup?

Aider le peuple frère du Mali à bouter hors de son territoire les obscurantistes djihadistes est une noble tâche, mais, au moment où les familles des morts connus font leur deuil, il serait utile de prendre un peu de recul et de se demander quelle est la mission des forces tchadiennes au Mali ? Dans leurs préparatifs pour aider le Mali, les pays membres de la CEDEAO n’ont pas fait mention du Tchad, au contraire, certains ont officiellement récusé l’offre des services de Deby. De même, aucun mandat de l’Union africaine, aucun mandat des Nations Unies, aucune demande formelle de l’Union Européenne ou de la France. Et alors, qui aurait demandé au Tchad de prendre la tête de la croisade contre les djihadistes ?

Une mobilisation massive avec plus de 2000 hommes dont les morts sont remplacés au pied levé, avec toute la logistique assurée à 100% sur les ressources du Tchad. Autant que le nombre total des forces à mobiliser par les Etats membres de la CDEAO. Une position de première ligne sur le front, face à face avec l’ennemi dans une zone dangereuse, acquise aux djihadistes, et in fine des centaines des morts et des blessés, des disparus, des prisonniers, etc. Pourquoi tout cela, pour quels résultats et au profit de qui? Où sont l’armée malienne et les forces de la CDEAO ? Bref, pourquoi être plus royaliste que le Roi ? Et pourtant, avant l’arrivée des forces tchadiennes, la France avait presque délogé les djihadistes de toutes les villes du Nord. En réalité, il n’y a pas urgence de se précipiter et aucune raison de prendre toute la charge sur soi quand les plus concernés sont en train de traîner les pieds sous motifs de préparatifs qui n’en finissent point. Il serait certainement permis de penser qu’il s’agit là de se faire l’indispensable et de jouer dans la cour des grands à coup de cadavres. C’est connu, depuis belle lurette, les tchadiens ne demandent presque jamais des comptes à leurs dirigeants. Contrairement à d’autres chefs d’Etat, Deby peut envoyer les tchadiens à l’abattoir des djihadistes autant qu’il voudra.

Outre la recherche d’une sympathie de la France, Deby a voulu fanfaronner auprès de ses paires africains, en se présentant comme le guerrier et Chef de guerre capable à lui seul de sauver le Mali. Et récupérer les otages français, extrême prouesse de témérité. Les media français, pour pousser Deby à intervenir, ont longuement loué les capacités guerrières des tchadiens : « guerriers du désert, seuls les tchadiens peuvent déloger les djihadistes, dans la sous région, seul le Tchad a une armée aguerrie, etc. ». Paraphrasant un opposant tchadien au cours d’un débat télévisé, la grande armée tchadienne, formée originellement des rebelles, aguerris sur les dunes et dans les grottes sous les feux des différentes troupes gouvernementales et des forces étrangères, et devenue plus tard composante à part entière de l’ANT, cette armée tchadienne qui a fait l’honneur et la fierté du Tchad en boutant l’envahisseur libyen hors du Tchad, cette armée n’existe plus !! C’était l’armée du défunt Hassan Djamous et de tant d’autres qui n’y sont plus ou tout simplement marginalisés ou oubliés.

En 23 ans de pouvoir, Deby a disloqué l’ANT. Dans sa fameuse réorganisation de l’armée à Moussoro, il a radié, mis à la retraite de ce qui restait de militaires ayant accumulé une longue expérience des batailles dans les régions désertiques avec des Toyota. Tous les brouhahas des media étrangères sur les supposées qualités exceptionnelles de l’armée de Deby, sont tout simplement des fantasmes, des bluffs. La plupart de ce qui reste de l’armée tchadienne est composée d’éléments qui n’ont aucune formation militaire requise, ramassée derrière les chameaux et à qui on a octroyé des grades, de l’argent et des grosses voitures V8. Leur mission c’est défendre Deby, point à la ligne. Ces éléments ne connaissent ou n’ont vu ni les dunes moins encore des grottes. A l’exemple de son fils adoptif, bombardé au grade de général et qui se trouvait à une centaine de km du lieu de la déconfiture. Ce sont ces éléments que Deby a envoyés à la rencontre des djihadistes prêts à mourir ! Et les djihadistes ont démystifié l’armée tchadienne en une seule journée, ont fait perdre la seule qualité qu’on reconnaît à l’armée tchadienne, à cause d’un mauvais Chef militaire, dont la seule stratégie des combats est de dire « avancez, avez-vous peur ? », installé royalement dans son Palais avec un verre de whisky à la main.

A ceux qui veulent et souhaitent la vie sauve à leurs enfants et parents, on ne dira jamais assez, la guerre au Mali sera longue et périlleuse. Au moins, vous en êtes avertis.

Une chose que bon nombre des tchadiens connaissent parfaitement, c’est l’impossibilité de vaincre une rébellion qui opère dans des zones à accès difficiles et qu’elle connaît parfaitement et de surcroit bénéficiant des complicités locales. Toute l’histoire des rebellions tchadiennes qui sont parties des régions montagneuses du Tibesti ou de l’Ennedi, corrobore cela. Certains partenaires de la guerre du Mali en savent quelque chose. Contrairement à ce qu’on vous rabâche, au Mali, depuis le début de la guerre, les djihadistes n’ont livré aucun combat. Ils ont évacué avec armes et bagages les villes qu’elles occupaient et ont regagné la montagne, leur refuge naturel, et ont entrepris depuis ce qu’on craignait le plus : harcèlements sporadiques mais meurtriers, suivis des opérations kamikazes. En face, il y a des armées étrangères, en particulier tchadiennes, étrangères à la région et aux populations locales, à leur langue et qui ne sont pas du tout habituées à ces genres d’harcèlements des kamikazes. Pire, le ver est dans le fruit : les éléments touareg et arabes d’Ansar Eldine, du Mujao et de l’Aqmi, se sont tout naturellement transformés en éléments du MNLA qui est le chouchou de l’armée française, et se sont fondus dans la population locale.

Sans l’armée française et surtout de sa couverture aérienne, les djihadistes reviendront sans coup férir dans leurs positions initiales. Si les français s’en vont en mars comme ils l’ont annoncé, quelle sera la situation des tchadiens ? Jusqu’à quand resteront-ils au Mali et dans quel cadre? Autant des questions auxquelles il faille trouver des réponses adéquates avant qu’il ne soit trop tard.

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


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