Arche de Zoé: des parents accusent l’ONG de les avoir trompés – Ap

Le procès des six Français de L’Arche de Zoé incarcérés au Tchad pour avoir tenté d’évacuer vers la France une centaine d’enfants présentés comme des orphelins du Darfour a repris lundi à N’Djamena avec le témoignage de parents qui ont déclaré avoir été trompés. L’audience devait s’achever avec les réquisitions du ministère public.

L’un des avocats de la défense, Me Céline Lorenzon, a déclaré sur France-Info qu’elle s’attendait à plaider mercredi et que le verdict serait probablement rendu le même jour.

Les Français, arrêtés le 25 octobre dernier à Abéché, dans l’Est du pays, encourent jusqu’à 20 ans de travaux forcés pour « tentative d’enlèvement d’enfants tendant à compromettre leur état-civil, faux et usage de faux en écritures publiques et grivèlerie« . Leurs co-accusés, trois Tchadiens et un Soudanais, sont mis en cause pour « complicité d’enlèvement« .

Lundi, la cour criminelle, qui avait écouté vendredi et samedi les protestations d’innocence des membres de l’organisation non gouvernementale (ONG) se disant floués par leurs contacts locaux, a auditionné six représentants du collectif des parents d’enfants qui se sont constitués partie civile. Des enquêtes ont en effet révélé que la plupart des enfants, âgés d’1 à 10 ans, étaient de nationalité tchadienne et vivaient avec leurs parents ou des adultes qu’ils considéraient comme tels.

« Les Blancs (…) ont trompé notre vigilance en nous disant que nos enfants allaient être scolarisés sur place. Ils les ont ensuite conduits comme des boeufs pour aller les vendre en France« , lance un père, Nassour Gardia. « C’est la première ONG qui vient nous voir pour scolariser nos enfants. C’est pourquoi nous étions contents de les lui confier« , ajoute Souleymane Mahamat Mahmoud, qui a remis un fils et un petit-fils à Children Rescue, le nom pris par L’Arche de Zoé au Tchad.

Plusieurs parents ont déclaré avoir amené eux-mêmes leurs enfants à la base de l’association ou être passés par deux intermédiaires locaux, le Soudanais Souleymane Ibrahim et le Tchadien Mahamat Eritero, qu’ils connaissaient. Mahamat Eritero a été entendu comme simple témoin samedi avant d’être « mis à la disposition du Parquet pour complément de renseignements » et incarcéré à la maison d’arrêt avec les dix autres accusés.

Mais la défense met en doute la qualité de parents des parties civiles. « Nous sommes en mesure, en moins de 24 heures, de faire passer le test d’ADN aux 103 enfants. Ils (les parents présumés) n’en avaient pas voulu, on a réitéré. Donc qu’est-ce qui prouve aujourd’hui que ces enfant sont des Tchadiens et ont des parents tchadiens? », a demandé Me Jean-Bernard Padaré sur France-2.

« On n’a pas vérifié l’état-civil des enfants. Il suffit que les prétendus pères viennent affirmer qu’ils ont dix, douze enfants pour que, sur leur parole, cela soit cru« , s’est indigné Me Gilbert Collard sur France-3, rappelant l’absence fréquente d’état-civil dans les villages.

Une confrontation était prévue entre certains intermédiaires locaux, avant les plaidoiries de l’Etat tchadien, des parties civiles et de la défense. Pendant l’audition des parents, l’infirmière de Children Rescue, Merimi Nadia, a été évacuée vers la base militaire française de la ville à la suite d’un malaise, peut-être dû à la grève de la faim qu’observent les détenus, a précisé Me Collard.

L’avocat a assuré que l’attitude bravache de certains des accusés, notamment le président de L’Arche de Zoé, Eric Breteau, n’était qu’un « masque qui cache la réalité« . « Il faut bien dans des situations aussi horribles, selon le caractère que l’on a, essayer de faire bonne figure (…) La situation ici est très dure et très dramatique« , a-t-il ajouté.

Pour Me Collard, « qui sait si tout est joué? On n’en sait rien, franchement« . « Si la condamnation tombe mercredi, les accords entre le France et le Tchad (…) doivent permettre le rapatriement de nos compatriotes en France, en application du traité qui lie la France au Tchad. Mais on ne peut jurer de rien« . AP


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