Epilogue judiciaire pour l’Arche de Zoé – Le figaro

Le procès de N’Djamena doit s’achever ce soir. Les six Français pourraient être tranférés en France.

Rentreront-ils en France dès ce soir, sitôt le procès terminé ? Ou faudra-t-il attendre plusieurs semaines ? Depuis l’ouverture du procès de L’Arche de Zoé, des avocats relaient des rumeurs annonçant un rapide transfèrement des six Français vers Paris, dans l’hypothèse où ils seraient reconnus coupables. Éric Breteau a même confié qu’il s’attendait à prendre l’avion le 30 décembre après avoir été condamné à dix ans de prison, comme si l’épilogue judiciaire de l’affaire était déjà écrit. Une posture qui, à l’approche du verdict, suscitait hier un malaise parmi les diplomates français.

«La vérité, c’est que ce procès n’est pas fini et que la justice tchadienne reste souveraine», soulignait-on au ministère des Affaires étrangères. En novembre, déjà, les autorités tchadiennes s’étaient offusquées lorsque Nicolas Sarkozy, après être passé à N’Djamena pour récupérer les trois journalistes et l’équipage espagnol, avait promis d’aller «chercher ceux qui restent, quoiqu’ils aient fait». Les discussions ouvertes sur les conditions d’une éventuelle dénonciation des faits par le Tchad à la justice française avaient alors été brutalement interrompues. «À l’époque, Sarkozy a dérapé, explique-t-on dans l’entourage du président Idriss Déby. Il ne pouvait pas à la fois prononcer des mots très durs contre L’Arche de Zoé et tout faire pour les extraire du Tchad.»

Des peines modérées attendues

Le 14 novembre, cette brusque crispation s’est répercutée dans les rues de N’Djamena lorsqu’une manifestation de collégiens, organisée initialement pour protester contre le retard pris dans le versement des bourses, a soudain dégénéré. «Quelques dizaines de personnes ont débordé le service d’ordre pour s’en prendre à des Blancs, et certains ont été bousculés», raconte un diplomate. Porte-parole de la Coordination des partis politiques pour la défense de la constitution (opposition), Mahamat Saleh Ibni Oumar décrypte : «Ce jour-là, Déby a voulu instrumentaliser la manifestation pour montrer à Paris que l’opinion tchadienne a été blessée par cette affaire, mais le mouvement lui a échappé.»

Depuis, le calme est revenu entre la France et le Tchad où responsables politiques et judiciaires semblent avoir minutieusement préparé la sortie de crise. «L’exécutif a poussé pour que l’instruction se termine au plus vite», reconnaît, à N’Djamena, un magistrat du ­parquet. La défense a d’ailleurs brièvement dénoncé cette «précipitation», avant de comprendre qu’elle bénéficierait probablement, in fine, à ses clients.

Des peines modérées pourraient être requises aujourd’hui contre les six accusés français, qui encourent, en théorie, jusqu’à vingt ans de travaux forcés. Le procès clos, Paris devrait demander à faire jouer l’accord d’entraide judiciaire qui, depuis 1976, permet le transfèrement vers la France de ses ressortissants condamnés au Tchad. Puis, l’administration pénitentiaire tchadienne affrétera un avion pour transporter les prisonniers. Enfin, le pouvoir tchadien prendra sans doute soin de scruter la façon dont son opinion publique accueillera le verdict avant d’annoncer la date d’un possible transfèrement.


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