L’Arche de Zoé s’est pris les pieds dans le réel – L’Humanité

Durant le procès, comme durant leur opération, les membres de l’association ont manifesté une méconnaissance de la situation au Tchad qui leur a coûté cher.

Éric Breteau, le président de l’Arche de Zoé, ne s’était jamais rendu en Afrique. Il l’a redit au procès. Dès le départ, sa vision du Darfour, où la situation est effectivement très grave, est une caricature. « Un enfant meurt toutes les cinq minutes », clamait l’association. Une affirmation qui, si elle était vraie, se serait traduite par plus de 500 000 décès en cinq ans de crise, quand les estimations les plus fiables parlent d’un total de 200 000 et 300 000 morts. À accepter le précepte de l’Arche, « il ne resterait plus un seul enfant au Darfour », a d’ailleurs lancé un des avocats des parties civiles, durant le procès. Breteau s’était donné ensuite quatre mois pour identifier des orphelins soudanais dans cette région du Tchad frontalière du Soudan. Une gageure quand on sait que les familles et les clans sont les mêmes de part et d’autre de la frontière. Comment identifier la nature du lien entre un enfant et son tuteur dans ce contexte de famille élargie ? Le Comité international de la Croix-Rouge, dont c’est le métier, fait de longues enquêtes de terrain avant d’établir des filiations.

Durant le procès, l’Arche a plaidé la bonne foi, accusant ses intermédiaires de l’avoir trompé. Était-il imprévisible que des Tchadiens se fassent passer pour des Soudanais pour bénéficier de la prise en charge offerte par l’association ? École ou Children Center, la base de l’association à Adré représentait une opportunité sans précédent dans cette région dénuée d’infrastructures. « Je leur ai remis mes enfants parce qu’ils nous ont dit qu’ils allaient les habiller, les nourrir, les instruire », a résumé à la barre un des pères. Pour une fois qu’on offrait localement ce dont seulement les réfugiés soudanais dans les camps bénéficient jusque-là.

Les membres de l’Arche ont sans doute commis leur plus grosse erreur d’analyse à Tiné. Sur la foi d’un voyage de quelques jours, effectué pas leurs seuls intermédiaires, ils ont accepté une petite quinzaine d’enfants Zaghawa, l’ethnie du président tchadien, Idriss Déby. Ce détail a pu paraître anodin à l’association, car dans la crise du Darfour, les Zaghawa sont présentés comme un des groupes victimes des exactions de Khartoum. Au Tchad, vouloir emmener des enfants Zaghawa, c’est comme s’en prendre à la famille du président lui-même. Une ligne rouge à ne pas franchir.

C. B.


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