Les hallucinations de Deby ou la menace imaginaire des djihadistes.

Depuis quelques temps Mr Idriss Deby Itno tambourine à tout vent, avec l’appui très actif de son nouvel ami et presque porte-parole, le président nigérien, en alertant l’opinion internationale d’une éventuelle menace du Tchad par les djihadistes, et cherche en conséquence des appuis extérieurs, surtout occidentaux, qui sont très sensibles à tout ce qui touche à la mouvance islamiste et son corollaire le djihado-terrorisme.

Deby sait pertinemment qu’il n’y a aucune menace djihadiste qui pointe à l’horizon pour déstabiliser le Tchad, s’il le dit, c’est pour  d’autres raisons  qui concernent beaucoup plus sa politique intérieure qu’une réelle menace. Avant de revenir sur les raisons profondes qui le poussent à claironner pour ameuter l’opinion internationale  et la rendre sensible à sa cause, il serait intéressant de voir les différents points d’appui aux confins du Tchad auxquels les groupuscules djihadistes s’adosseraient pour menacer le pays et leur capacité de nuisance réelle ou supposée. Etant entendu que s’il y a une éventuelle menace, elle ne pourrait provenir que du Niger- Nigéria, de la Libye et du Soudan.

Le Boko Haram du Nigéria : Ce groupe est l’émanation ex- nihilo de la nomenclature militaro- affairiste  des anciens dignitaires  des régimes nordistes du Nigéria. Tout comme ces anciens dignitaires, le dictateur tchadien avait très mal senti la disparition brutale de son ami le Général Sani Abatcha qui a été, rappelons-le, son principal pourvoyeur des fonds après le Colonel Kadhafi. En effet, pendant les années difficiles (de 1994 à 1996) du point de vue économique et sécuritaire, l’ancien Président nigérian n’a pas lésiné sur les moyens pour le  soutenir  par l’intermédiaire de l’Ambassadeur  du Tchad à Abuja, lequel avait des entrées faciles à travers des parents bien nantis politiquement. Mr Idriss Deby espérait qu’après l’ancien Président Ologun Obasandjo (avec qui il a eu des relations exécrables), une rotation du pouvoir en faveur de l’un de ses amis du Nord. L’arrivée du jeune et ambitieux  Good Luck  parrainé par le même Obasandjo après la disparition subite du Président nordiste Aboubacar Yaradoua n’a pas arrangé les choses. Dès lors Deby s’est associé fermement à travers son ami le narcotrafiquant gouverneur de l’Etat de Bornou, M. ALI Shérif, à la machination contre le pouvoir démocratique du tout nouveau Président sudiste et chrétien. Pour ce faire, il a été décidé la création d’une guérilla urbaine à vocation religieuse ayant deux missions principales : 1- le harcèlement constant au nom de la religion les institutions du pays. 2- Sécuriser les convois des marchandises illicites en provenance des ports ouest-africains en direction de la Libye et de l’Egypte en traversant le Tibesti et le grand Sahara. Dans cette structure, chacun joue distinctement son rôle : les nigérians s’occupent du volet finances, recrutement et encadrement, et les tchadiens la vente des armes à des prix exorbitants et payées cash. C’est une opération très rentable pour le régime de  N’Djamena qui a continué à acheter une quantité impressionnante des armes de l’Afrique du Sud et de l’Ukraine même après la démobilisation de son opposition politico-militaire.  Ces armes sont revendues à Boko Haram et à l’Aqmi (nous reviendrons pour ce dernier cas). Selon les services intéressés, le Tchad a consacré environ 55% des revenus du pétrole à l’achat des armes, et que la quantité achetée a nettement augmenté entre 2010 et  2013. Pour ainsi donc, le Tchad est la plaque tournante en vente des armes à tous les conglomérats insurrectionnels qui pullulent dans les différentes régions d’Afrique.

Deby  en tant que membre fondateur de Boko Haram connaît parfaitement le fonctionnement interne de la structure, il connaît également dans les moindres détails les différentes cellules, ainsi que leurs champs d’action, les hommes qui en animent et les principaux chefs d’opérations, etc. Dans ces conditions il serait impensable, voire impossible qu’une menace sérieuse puisse provenir de ce côté, d’autant plus que son ami l’ancien Gouverneur toujours actif, veille comme la prunelle de ses yeux à toutes les activités de son groupe. Une preuve irréfutable des liens entre IDI et les éléments de Boko Haram malgré tout le bruit fait autour est la poursuite actuelle des opérations de transport des marchandises illicites à travers le Nord du Tchad, opérations supervisées directement par le fameux ex Gouverneur de l’Etat de Borno, pour le compte de Deby et autres.

Pour le cas d’A Q M I : Pour rappel : Aqmi veut dire Al-Qaïda au Maghreb Islamique. Comme son nom l’indique cette nébuleuse avec un discours panégyrique sur l’islam évolue en fait au Maghreb avec pour point focal le sud algérien et pratique au nom de l’Islam tout ce qui est le plus abject et le plus criminel : trafic des drogues, terrorismes, prise d’otages, enlèvement des jeunes filles, attentat dans des places publiques. Tout au début, ce mouvement a été soutenu idéologiquement et financièrement par le Soudan tourabiste ; déjà à l’époque (de I992-1998) le Soudan fournissait les armes par l’intermédiaire de ses démembrements incrustés au sein du régime tchadien, ensuite à partir des années 2000 les frères Deby (Oumar et Daoussa) ont pris directement le relais pour vendre les armes à travers des réseaux bien huilés mis en place au Mali et au Niger avec le concours conséquent de MNLA qui accompagnait les aqmistes  jusqu’au Lac-Tchad pour s’occuper de la livraison  des armes.

A la chute du régime de Kadhafi, le MNLA, mouvement sécessionniste malien dont la configuration et les méthodes d’actions sont très proches de celles d’Aqmi, a joué un très mauvais rôle dans la situation où se trouve plongée aujourd’hui l’Etat malien.

En effet, les visées expansionnistes et belliqueuses de l’Aqmi en direction de l’Afrique sahélienne ont été dictées et encouragées par le MNLA qui leur a servi malheureusement d’éclaireurs et de fer de lance. Cette mouvance islamique n’aurait jamais traversé le grand Sahara sans avoir l’aval et la connivence d’une  formation politique du pays concerné. C’est ainsi que les djihadistes ont utilisé le MNLA comme caution politique dans leur déferlement au sud Sahara après la chute du régime de Kadhafi. Inversement le MNLA croyait utiliser la force militaire des djihadistes pour assouvir ses velléités sécessionnistes. Faute politique impardonnable. De même les djihadistes ont commis une faute politique en chassant dès les premières heures le MNLA et s’accaparer le pouvoir en totalité  en utilisant des méthodes obscurantistes. Cette politique de « je te tiens, tu me tiens »  entre les djihadistes et le MNLA a eu pour conséquence l’intervention de la communauté africaine et française qui a abouti  à la défaite des djihadistes et à la marginalisation du MNLA.

Faisant fi des anciens flirts qu’il a eus avec l’Aqmi,  Mr Deby a intervenu avec enthousiasme et tambour battant ; il a de ce fait pris de court tout le monde en mobilisant en un temps record plus de 2000 militaires et a pris avec effrontément le flambeau de la croisade anti djihadiste. Malgré le flottement des premières heures, l’armée tchadienne s’est comportée vaillamment et a enregistré des victoires historiques en mettant en déroute les djihadistes connus pour leur témérité légendaire. La victoire a été non seulement militaire mais surtout elle a été psychologique tant les méthodes de combats des tchadiens ont été spécifiques. Les djihadistes surpris par la combativité héroïque des tchadiens se sont vite repliés dans leurs bases arrières. Les combats passés avec les tchadiens au Mali font l’objet des causeries anecdotiques des islamistes après leur retrait autour du thé dans tous les hameaux et grottes du sud libyen. Battus par les troupes tchadiennes à plus de 2000km du Tchad, les islamistes qui appartiennent à des différentes légions se sont regroupées au sud algérien et au sud-ouest libyen très éprouvés par leur aventure malienne. Dans ces conditions dire que ces mêmes islamistes traverseraient, après s’être réorganisés, le Tibesti et le grand Sahara pour oser s’attaquer à l’armée tchadienne sur son propre territoire relève des chimères et des délires de Deby. Ils n’auront ni les capacités matérielles ni le courage nécessaire pour initier une telle aventure hors de leur base à plus de 3000 KLM et surtout sans des relais politiques conséquents à l’intérieur du Pays.

Enfin le cas du  Soudan Tourabiste : On ne cessera jamais de le répéter que le MPS est un appendice du Tourabisme soudanais, mais qui n’a pas pu s’épanouir manifestement tant le Tchad n’est pas un champ  vierge religieusement parlant, pour tenter des expériences inédites, fussent-elles d’obédiences islamiques. Rappelons-le que le Tchad est un pays de tradition sunnite, de rite malékite  et de pensée soufiste. Malgré le forcing de la tendance « Ansar assounna » et de ses démembrements, le substratum malékite modéré a survécu. D’ailleurs malgré toutes les convulsions que le Tchad a connues à travers son histoire récente, il n’y a jamais eu un problème strictement confessionnel à cause de cette culture ancestrale.

Historiquement le Soudan est la première plaque tournante de l’Islamisme militant dans l’espace arabo-africain. Pour la première fois de son histoire, depuis sa création vers les années vingt, le mouvement de la Tendance Islamique communément appelé « les frères musulmans » n’est arrivé au sommet  d’un Etat qu’au Soudan et ce, en 1989. Le leader de ce mouvement connaît très bien le Tchad qu’il considère comme une excroissance du Soudan, c’est pourquoi d’ailleurs dès les premières heures  de leur arrivée au pouvoir, il avait eu une attitude très mesurée vis à vis de ce pays et il mettait en garde ses partisans fondamentalistes que le militantisme populiste ne sied pas au Tchad, il faudrait plutôt, disait-il, « axer nos efforts sur l’éducation et la prédication et projeter ces actions pour le long terme » (sic). Malgré ce bémol pour le Tchad, le Soudan continue à entretenir des camps djihadistes  à la frontière du Sud Soudan. Ces camps sont plus ou moins en veilleuse mais on les active en fonction de l’opportunité du moment comme ce fut le cas avec la Libye (contre Kadhafi) ou la conquête du nord Mali.

Sur le plan politique, les deux régimes (Soudanais et Tchadien)  ont réchauffé leurs relations suite au désarmement et à la démobilisation de l’opposition politico-militaire tchadienne au Darfour. A l’heure actuelle aucun indice n’indique  qu’il y a des nuages sous les cieux de deux pays, au contraire les gestes de part et d’autre sont éloquents et parlent d’eux-mêmes : l’extradition par le Soudan des principaux responsables politico-militaires, désarmement des combattants, création des patrouilles mixtes. De son côté le régime tchadien n’a pas non plus lésiné sur les moyens pour répondre à la bonne foi de son voisin : le fait le plus marquant est l’élimination physique de Dr Khalil Ibrahim le leader historique de J.E.M. Tout récemment encore l’envoi d’un contingent tchadien au Darfour pour prêter main forte aux troupes soudanaises de plus en plus en difficulté, prouvent à suffisance s’il en est besoin la solidité des relations entre les deux régimes.

De ce qui précède, et dans tous les cas on voit mal le gouvernement Soudanais puisse permettre à une quelconque opposition tchadienne moins encore à une tendance religieuse supranationale d’attaquer le Tchad à partir de ses frontières.

Alors donc quelles sont les vraies motivations de Mr Deby  au sujet des djihadistes au point que l’opinion internationale commence à donner un certain crédit à ce tapage ? En fait, Deby  très conscient de l’activisme ambiant de son opposition politico-militaire dans ses frontières fait sciemment  un amalgame pour donner une coloration djihadiste à toute nouvelle éventuelle offensive de l’opposition politico-militaire tchadienne. Comme écrivait un des activistes, il « a oublié de verser de l’eau sur les cendres de l’UFR et autres », alors le feu qui couvait a commencé à embraser aux trois coins précités.

Premièrement, il avait signé plusieurs accords de paix avec les différentes factions de MDJT. Mais dès qu’il a pu renouer ses relations avec le Soudan et démoli la résistance par l’est, il a renié comme à l’accoutumée  tous ces engagements en bloc. Face à cette situation de promesse non tenue, il ne reste plus qu’aux combattants de regagner leurs bases pour écumer leur rage en attendant les jours meilleurs lesquelles n’ont pas d’ailleurs tardé à arriver avec le conflit Libyen. Sans entrer dans les détails, le conflit libyen a permis à toute la communauté Toubou de s’organiser et de prendre une part active dans l’écroulement du système Kadhafi. Dès lors aidés par tous les laisser pour compte de Darfour qui ont accouru pour des nouvelles aventures, l’opposition s’organise donc au Nord ;   malheureusement pour lui et contrairement au Soudan où il peut compter sur la promptitude du régime soudanais, le sud libyen est aujourd’hui est une zone no man’s land où les Toubous contrôlent à eux seuls plus 650 000klm2.  Incapable d’influer sur les cours des choses, et surtout que ces nombreuses tentatives de manipuler une partie de la communauté Toubou ont lamentablement échoué, c’est donc en dépité et résigné qu’il suit la mise en place du rouleau compresseur venant du Nord. Alors, la seule alternative est de crier djihadistes pour alerter et sensibiliser l’opinion internationale au cas où. .

Deuxièmement, personne n’est dupe, depuis la déclaration du Président de l’UFR en Mars dernier, les choses bougent et se mettent en place.  Et évidemment Deby suit tout ceci de très près et compte beaucoup sur les soudanais pour étouffer toute forme de résurgence d’une quelconque rébellion, or les soudanais eux-mêmes sont pratiquement au bout du souffle ! Que faire alors ? Crier à la menace djihadiste serait la seule issue salutaire.

Et pour finir troisièmement par l’Ouest : en 2010 après la démobilisation de la Résistance, les combattants qui ont rallié N’djaména avaient vite déchanté et étaient obligés de quitter la capitale pour s’installer dans la région du Lac-Tchad qui était leur ancien fief ; les conditions objectives n’étant pas réunies, ils avaient mis en veilleuse toute activité militaire pour vaguer à leurs occupations quotidiennes. Depuis fin Mars, ils s’organisent en prenant contact avec leur structure mère.

Pour finir,  il est donc de notoriété publique qu’Idriss Deby vit des moments les plus difficiles de son long règne ; il est affaibli sur le plan diplomatique à cause de son interventionnisme béant, à cause de son arrogance belliqueuse, et enfin  à cause de son incurie vulgaire dans ses manières de se comporter avec ses paires. Les derniers  flops diplomatiques, à savoir le traitement qu’on lui a affligé lors de son dernier passage à Paris et la non désignation, ne serait-ce qu’un membre – d’un représentant du Tchad dans le dispositif de  l‘Etat-Major de Munisma, ne sont que la partie visible d’une situation désastreuse de sa diplomatie. Les prouesses de l’armée tchadienne au Mali et le crédit acquis pour la circonstance sont passés rapidement en pertes et profits. De même tous les autres agrégats économiques et financiers sont pratiquement au rouge. Les caisses de l’Etat sont systématiquement dilapidées par une minorité cupide et sans pudeur. Les forces de sécurité et de défense sont dans un état de délabrement matériel et psychologique tel qu’aucune mission ne pourrait être accomplie avec célérité. Le comportement des troupes envoyées récemment sur les traces de JEM au Darfour en dit long. Le semblant vernis démocratique que s’arrogeait le dictateur vient de s’envoler en éclats en cause des dernières arrestations des élus et des journalistes et le bâillonnement de la presse libre. Le peuple tchadien, conscient des réflexes despotiques et dictatoriaux de Deby, ajouter à cela les méthodes criminelles pour faire taire définitivement ses opposants, a peur, se terre et se résigne en attendant que le salut vienne de la résistance qui s’organise inexorablement.

C’est pour toutes ces raisons que Mr Deby crie très fort, gesticule et prend le devant pour alerter l’opinion internationale surtout occidentale qui est généralement très frileuse d’une prétendue menace djihadiste d’où qu’elle vienne. Peine perdue.

Souhaitons pour le Tchad et les tchadiens, que l’opinion occidentale ne tombe pas dans le piège de Deby en lui accordant du crédit  pour ses mascarades.

Abdelmoutalib Adam AL-ABASSY
Journaliste indépendant

 

 

 

 

 


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1 commentaire

  1. L’Opinion Internationale et Feu Khadafi ont cree de toute piece le Soldat Deby en eliminant beaucoup de Leaders Tchadiens afin de se servir de lui pour leur destabilisation de l’Afrique. Comme Deby est une Poupee Gonflable, ils mettent a Feu et a Sang une grande partie de l’Afrique en se servant de leur Base-arriere Le Tchad. Mais comme il y a un Dieu, fini Sarkozy et Khadafi et beaucoup de probleme en Europe dont certains pays montrent enfin leur vrais visages de Pauvres survivant grace aux Ressources Africaines. Quand meme, ce n’est pas ce Clown du Pouvoir de Hollande qui va sauver la France. Qu’il lui trouve d’abord de quoi manger.