Tchad : Les écoles coraniques se modernisent – Xinhua

Au Tchad, les écoles coraniques traditionnelles disparaissent peu à peu et cèdent la place aux  » khalwa », des écoles plus modernes intégrant des matières telles la physique, les mathématiques ou des formations professionnelles.

« Dieu nous recommande d’enseigner le Coran que nous avons appris à nos enfants. A leur tour, ils l’enseigneront aux autres », déclare « faki » Abderahim. Dans sa « khalwa » érigée dans un bois au quartier Goudji, dans le IXème arrondissement de N’Djaména, ce  » faki » (terme de l’arabe local désignant « marabout ») accueille une centaine d’enfants, âgés entre 12 et 15 ans.

A longueur de journée, les gosses récitent et mémorisent des versets coraniques, sous l’oeil et la férule des marabouts. « En principe, l’enseignement doit être gratuit. Mais, comme les conditions ne sont pas réunies, nous n’exigeons pas, mais suggérons aux parents de nous soutenir financièrement ou matériellement », ajoute « faki » Abderahim.

Au Conseil Supérieur des Affaires Islamiques (CSAI), l’on assure garder un regard sur toutes les écoles coraniques à N’Djaména. « Nous comptons élargir cela dans les régions et départements de l’ensemble du pays. Pour éviter l’amalgame que l’on se fait entre « mouhadjirine » et les enfants de la rue, nous encourageons la création des « khalwa ». Nous aiderons aussi celles qui ne sont pas bien organisées, pour que nos enfants étudient dans de bonnes conditions et n’errent pas dans la rue », assure Abakar Walar, directeur de l’Enseignement coranique du CSAI.

Avec le ministère tchadien de l’Enseignement fondamental, M. Abakar Walar ajoute que sa direction est en phase expérimentale d’intégration de cours de calcul, de langue ainsi que de matières scientifiques, en vue de donner une base scolaire à l’enfant pour des études professionnelles, secondaires ou même supérieures.

Dans la « khalwa » de Mabrouka Manda, non loin de Sarh, au sud du pays, des enfants ayant mémorisé le saint Coran ont, en même temps, obtenu le certificat de fin de cycle primaire, le brevet d’études de premier cycle ou même le baccalauréat. Certains ont même obtenu, par la suite, des diplômes d’études supérieures.

Le directeur de l’Enseignement coranique prend également l’exemple de l’Institut Atéïba dont les enfants qui en sont sortis font aujourd’hui la fierté du Tchad, dans des compétitions de mémorisation et de récitation du saint Coran où ils sont, généralement, parmi les trois premiers.

« Le Conseil Supérieur des Affaires Islamiques est en train de penser à construire un complexe qui aidera à l’apprentissage et à la mémorisation du Coran. Dans notre opération de recensement des écoles coraniques, nous testons également le niveau des marabouts et les conditions d’études, pour éviter qu’on n’enseigne n’importe quoi à nos enfants pour devenir, demain, dangereux pour la société « , précise Abakar Walar.

Il se félicite que certaines « khalwa » soient déjà organisées de sorte qu’elles ne recrutent que des enseignants qualifiés pour éviter la propagation d’autres idéologies parmi les enfants.

Dans les « khalwa » où ils sont internés pour apprendre et mémoriser le Coran, les enfants mangent et dorment et ne visitent, généralement, leurs parents que le vendredi. A la différence des autres enfants « mouhadjirine », ceux des « khalwa » ont une tenue spécifique, généralement des djellabas et des bonnets blancs ou verts.

C’est avec l’argent versé par les parents que les fondateurs des « khalwa » assurent l’apprentissage des enfants, leur payent des livres et des couchages, etc. Certains parents nantis ont même construit des salles de classe ou des hangars pour les apprenants.

Dans la plupart des cas, les « mouhadjirine » participent, à des degrés divers, à leur prise en charge alimentaire, en transportant des bagages et marchandises dans les marchés, ou en réalisant de petits travaux temporaires, etc. D’autres préfèrent mendier devant les banques ou les stations de minibus et taxis, confondus parfois aux enfants de la rue qui commettent de petits larcins dans ces lieux.

« C’est comme l’école buissonnière à la française », explique-t- on au CSAI. L’on ajoute que les mouharidjine réguliers qui vont tendre la sébile dans les maisons, marchés, lieux de mariage, de sacrifice ou de baptême, le font en dehors des heures d’apprentissage.

Selon le directeur de l’Enseignement coranique du CSAI, une enquête récente révèle que 90% des enfants qui tournent autour des marchés, des banques et autres lieux publics ne sont pas des  » mouhadjirine ». Il espère qu’avec la modernisation des écoles coraniques, ces enfants de la rue ne pourront plus se présenter en « mouhadjirine » pour commettre des forfaits ou exposer les apprenants à des menaces.

Mais pour Ahmat Djibrine, comme pour beaucoup de N’Djaménois, ce sont les « marabouts » qui envoient ces enfants rechercher de l’argent ou de la nourriture. Il ajoute que certains maîtres battent même les apprenants qui rentrent bredouille. Ainsi, certains abandonnent l’apprentissage du saint Coran pour rejoindre leurs parents; d’autres se retrouvent dans la rue.

« Moi, je n’ai exigé à aucun apprenant quoi que ce soit. Ayant appris le Coran dans des conditions difficiles à bas âge, je ne peux pas faire souffrir un enfant. J’ai une vingtaine d’apprenants. Ceux dont les parents sont à NDjaména viennent aux heures d’apprentissage et repartent. Les six apprenants, dont les parents sont en province, dorment chez moi. Je leur ai loué une chambre où chacun a son couchage. Et ils mangent grâce à Dieu », explique Haroun Mahamat, marabout au quartier N’Djari, dans le IIIème arrondissement municipal de N’Djaména.

Un autre marabout, M. Issa Moussa, confie que la majorité de sa cinquantaine de « mouhadjirine » viennent de province, surtout de la région centrale du Guéra. Dans sa « khalwa », certains parents payent 2.000 à 2.500 F CFA par enfant et par mois et d’autres offrent, par exemple, du matériel pour le fonctionnement du centre ou des produits alimentaires, pendant que d’autres écoles coraniques, mal organisées, exigent aux parents de gros moyens.

« C’est avec l’argent que les parents des apprenants qui sont à NDjaména nous donnent, à la fin du mois, que les autres apprenants n’ayant pas de famille ici, mangent », conclut « faki » Issa Moussa.


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1 commentaire

  1. tim rodrigue

    les parents de ces enfants payent pour leur formation, alors pouquoi ces derniers mendient-ils?