Les mauvaises habitudes qui confirment la nouvelle mentalité commune !

Enoch DJONDANGDécidément, le destin de notre pays le Tchad ne cesse de s’illustrer dans les contre-performances. Par exemple, la débâcle des Sao il y a quelques mois, et qui a coûté la mutation du courageux ministre de la Jeunesse et des Sports de l’époque. Une autre débâcle vient d’être subie par nos athlètes aux jeux internationaux du Maroc, toujours à cause des mêmes maux que l’on voudrait camoufler et contourner sous couvert d’un patriotisme hors sujet.

Si cela se limitait au domaine des sports, on dira que nous exagérons un peu avec ces commentaires désagréables à l’endroit de nos jeunes ambassadeurs. En fait, ce n’est pas à eux qu’il faille s’en prendre mais à l’éternel système de dévalorisation nationale en vigueur. Les jeunes athlètes font de leur mieux avec leurs talents, le mal réside ailleurs, chez les prédateurs à l’affût de tout ce qui peut procurer « la bouffe », slogan primé dans les élites tchadiennes démissionnaires.
Notre propos cette fois voudrait viser deux exemples de « gestion publique », entre tant d’autres, qui prouvent à suffisance à quel point notre société est profondément gangrenée par la cupidité et par l’absence de scrupules.

Le premier exemple concerne la structure nationale qui a géré les ressources allouées par le Fonds Mondial de Lutte contre la pandémie du VIH Sida. Passons les commentaires sur l’ampleur de ce fléau ravageur qui a décimé, ces dernières années, plus de têtes pensantes et de bras valides que la guéguerre interne de quarante années vécues de chaos. Qui a dit que le Sida ça ne se mange pas ? C’est pourtant un constat vrai au Tchad : le Sida se mange et même fait grossir ! Nous avions l’habitude de faire des blagues de mauvais goût sur l’embonpoint pris par certaines personnes travaillant dans ce grand programme, naguère « gringalets » comme nous. Or, la remarque trouvera tout son sens quand fut annoncée officiellement la suspension des allocations du Fonds Mondial au Tchad, pour cause de gestion calamiteuse, et l’exigence de la révocation de l’équipe des experts nationaux en cause. C’est l’une des rares fois où un organisme de coopération internationale désigne directement le chat par son nom dans un cas de banqueroute dans la gestion publique dans notre pays. Généralement, les termes employés sont suffisamment vagues pour que personne ne se sente indexé, et même que les auteurs desdites malversations participent gaillardement aux séances de revue avec le partenaire extérieur.

La question que toute personne de moralité moyenne se poserait est de chercher à comprendre comment une élite sélective, jouissant déjà des avantages salariaux et matériels très supérieurs au commun des « laoukoura », aie pu trouver dans la lutte contre une pandémie aussi critique et douloureuse pour le pays (comme le VIH Sida), l’occasion rêvée de satisfaire à son propre égoïsme au détriment des bonnes règles de gestion, voire simplement de la conscience ?
Le second exemple est celui du Comité Provisoire de gestion de la part de revenus pétroliers due à la région productrice de Doba. L’on se souvient que ce comité de prédateurs vient d’être révoqué tambours battant par le Chef de l’Etat IDI, lors d’une tournée récente dans le Sud du pays. La cause ? Mauvaise gestion des ressources sur deux points :

  1. ciblage de projets dont la pertinence et la priorité pour les populations locales ne sont guère évidentes ;
  2. Surfacturation et détournements manifestes des ressources.

Même si ce cas n’est pas le plus rocambolesque, il faut tirer le chapeau aux « illustres » fils de cette région poudrière de cadres contestataires pour cet exploit singulier ! Oui, en effet, voler sa propre région, après qu’elle aie subi de longues années durant des répressions atroces et de la discrimination (dont les défenseurs des droits humains allogènes que nous sommes en avions perdu le sommeil et le latin à l’époque), en s’acharnant sur ce qui aurait pu être un début de soulagement et de renaissance pour les ‘ Logonois’, c’est vraiment un exploit singulier ! Il suffit d’y ajouter toute la lutte que les groupes de sociétés civiles rurales, urbaines, nationales et internationales ont mené ces dernières années en faveur d’une répartition équitable du bénéfice de l’exploitation pétrolière pour les populations locales, pour réaliser à quel point de monstruosité cette clique de prédateurs commet un crime contre l’humanité !
En effet, nous nous souvenons très bien encore des manipulations et des pressions que certains des membres éminents de cette clique faisaient à l’époque, lors des réunions de week-end à N’Djaména, pour revendiquer l’exclusivité de privilèges des fils de la région productrice dans l’emploi des ressources visées. Pour tous ceux qui n’ont pas hérités de sous-sols riches de leurs ancêtres, la frustration pourrait être évidente. Mais c’était un acquis de la Conférence Nationale Souveraine consacrée dans la Constitution. L’essentiel était que ce privilège serve réellement à sortir la région bénéficiaire de la grande pauvreté. Malheureusement, cette lecture n’était qu’une façade qui devrait cacher l’arrière-cour du restaurant chinois !

Dans ce second cas choisi, parmi tant d’autres existant, si seulement les têtes dans le comité provisoire étaient majoritairement des allogènes, ce serait l’occasion de créer un nouveau préjugé de haine contre la région ou l’ethnie d’origine de ces derniers, à laquelle bien des cadres « autochtones » faussement inspirés se seraient livrés tambours battants ces jours-ci. Mais c’est peut-être une autre affaire de famille et les parents savent où laver leurs linges sales, donc rien d’alarmant !

En prenant au hasard ces deux cas, nous voulons mettre en exergue le fait que la gangrène de la cupidité, ses procédés et ses conséquences dépassent la rhétorique ancienne d’accuser le Clan au pouvoir, une ethnie singulière ou une poignée d’hommes mercenaires en armes et uniformes militaires. Il faut avoir le courage de reconnaître qu’elle est devenue un phénomène endogène qui n’a plus de paternité, mais uniquement des partisans de plus en plus nombreux et dans tous les milieux. Elle n’a rien à voir avec une religion quelconque, moins encore avec l’appartenance à un parti politique donné.

Les élites ont tellement perverti l’interprétation des règles classiques, en mettant en avant la logique de la survie matérielle et du positionnement social, qu’elles ont réussi à créer une nouvelle mentalité rétrograde que ni le régime actuel, ni un autre qui n’aurait les coudées franches, ne pourrait encore enrayer. C’est d’ailleurs ce raisonnement de la normalisation impossible qui enracine le phénomène et lui apporte chaque jour de nombreux adeptes. Pour s’en convaincre, il suffit de constater toutes les « têtes » apparemment respectables de l’élite qui ne jurent plus que par cette nouvelle coutume de « l’utilité à tout prix ».

Espérer voir un jour les criminels économiques, chemises et culottes raillées et chaînes aux pieds, purger leurs forfaits et exploits mafieux sur des chantiers d’utilité publique, est peut-être un voeu qui n’est pas fait pour un pays hors norme comme le Tchad. Par contre, manger le VIH Sida ou voler sa région d’origine ne seraient en rien blâmables. Juste une question de lecture et d’habitudes, n’est-ce pas ? Bravo !!!!!!!

Enoch DJONDANG
enochdjo@yahoo.fr


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