Le désarroi des détenus de L’Arche de Zoé – Le Figaro

Depuis leur retour en France il y a une semaine, les six Français, incarcérés à Fresnes, redoutent les suites judiciaires de l’affaire.

TANTÔT abattus, tantôt décidés à se défendre pied à pied : les six détenus de L’Arche de Zoé s’habituent difficilement à leur nouvelle prison. Après les geôles du Tchad, ils ont rejoint depuis vendredi dernier la prison de Fresnes en région parisienne. Le groupe qui était soudé pour affronter la justice de N’Djamena semble aujourd’hui disloqué. Le pompier Dominique Aubry a ainsi demandé à être seul. Le médecin Philippe Van Winkelberg partage sa cellule avec Alain Péligat et a refusé d’être avec Éric Breteau. Émilie Lelouch est seule derrière les barreaux tandis que les deux autres, Éric Breteau et l’infirmière Nadia Merimi, sont hospitalisés.

«La santé de Nadia n’est pas améliorée et son moral n’est pas bon. Elle ne comprend pas cette peine de huit ans de travaux forcés prononcée pour tous par la justice tchadienne. Elle refuse de s’alimenter mais elle veut se battre», indique son avocat, Me Mario-Pierre Stasi. De son côté, Éric Breteau, toujours très affaibli, décide enfin de se nourrir un peu. «Il absorbe le strict minimum pour prendre quelques forces et se défendre devant la justice», raconte son ex-femme, Agnès Breteau.

Tous attendent désormais le 14 janvier, journée décisive pour leur avenir. Le tribunal de Créteil se prononcera sur des peines de substitution. Suivra-t-il le parquet qui a demandé la transformation des huit ans de travaux forcés en huit années de prison ferme ? «On le redoute», s’inquiète Antonia Van Winkelberg, l’épouse du médecin, qui ajoute : «Mais on espère aussi obtenir plus tard au Tchad une grâce présidentielle.»

Un régime à part

Aujourd’hui logée par une amie en région parisienne pour aller fréquemment à Fresnes, «Tonia», qui réside à Castellane (Alpes-de-Haute-Provence), a pu voir son mari samedi. Pour cette première visite, elle a exceptionnellement obtenu une longue entrevue de cinq heures. Les autorisations de visites ayant été accordées rapidement pour tous, les familles et les proches des détenus se bousculent d’ailleurs depuis plusieurs jours aux parloirs. « Le personnel pénitentiaire est particulièrement compréhensif», poursuit Antonia Van Winkelberg. Autre attention appréciée : les prisonniers de L’Arche de Zoé bénéficient d’un régime à part. «Pour ne pas être importunés, ils sont isolés et sont dans un quartier qui leur est réservé», raconte un surveillant en poursuivant : «Ils sont fatigués et ne sortent guère de leur cellule.»

Arrivés depuis trop peu de temps, aucun d’entre eux ne s’est par ailleurs inscrit à une quelconque activité. Toutefois, Philippe Van Winkelberg est prêt à revêtir à nouveau la blouse blanche. «Il a indiqué à tout le personnel qu’il était médecin et qu’il était prêt à reprendre du service. Féru d’histoire, il souhaite aussi donner des cours et des conférences aux détenus», raconte son épouse.

Dans la cellule voisine, Émilie Lelouch, elle, n’a pas le goût à entreprendre quoique ce soit. «Elle est encore trop faible et elle prend ses marques», explique sa mère. Mais la jeune femme se dit déterminée elle aussi à se défendre. «Elle est sans illusion et, en même temps, elle se projette dans l’avenir. C’est bon signe», poursuit Jeanine Lelouch. Quant à Dominique Aubry, épuisé et soulagé d’être en France, il est hanté comme les autres par tous ces événements qui l’ont conduit en prison. «Il a souhaité être seul en cellule pour prendre du recul , explique son avocat Me Olivier Desandre Navarre. Il refuse catégoriquement cette peine collective, lui qui a accepté au dernier moment de rejoindre la mission humanitaire. Il veut se faire entendre.»

«Au parloir, mon mari parle sans cesse. Mais dans la dernière demi-heure lundi, il s’est effondré en pleurs dans mes bras, désespéré», raconte Antonia Van Winkelberg. Derrière les barreaux de la prison de Fresnes, lui et les autres redoutent les suites judiciaires de cette consternante aventure humanitaire sans lendemain.

Angélique Négroni


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