RCA : La nécessaire africanisation – TTU

Le président de la République, François Hollande, a demandé à lʼOnu le renforcement de la force africaine en Centrafrique (FOMAC, bientôt remplacée par la MISCA). Un appel qui fait écho à celui du pouvoir en
place à Bangui, où la confusion et le chaos régnant a abouti à la dissolution du Front Séléka qui a porté le président Michel Djotodia au pouvoir. Le ministre de la Réconciliation nationale, Christophe Gazam Betty, ainsi que son collègue chargé du programme Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR), Zéphirin Mamadou, sʼen sont dʼailleurs fait récemment les avocats auprès du président Michel Djotodia et du Premier ministre du gouvernement de transition, Nicolas Tiangaye. La France, qui ne souhaite pas se retrouver seul “pompier” sur ce dossier, presse ses partenaires africains dʼagir. Cʼest le message quʼa fait passer François Hollande lors de sa rencontre avec les responsables tchadiens et camerounais à Bamako. Paris aurait déjà obtenu un engagement financier du président du Congo Brazzaville, Sassou NʼGuesso. Cʼest aussi le discours quʼil a tenu lors de divers entretiens à lʼoccasion de son passage au siège des Nations unies, à New York. Pour Paris, la situation est davantage dʼordre sécuritaire que militaire à proprement parler. Comme lʼa répété le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, la France ne souhaite intervenir quʼen soutien, en apportant une aide matérielle et logistique : équipements, nourriture, armes et munitions. En cas de crise grave à Bangui nécessitant une évacuation des ressortissants étrangers, lʼarmée de Terre pourra compter sur les moyens du dispositif Epervier
(Tchad). En piochant dans lʼescadron dʼERC-90 Sagaie (13 véhicules et leur environnement VBL et VLRA) et dans les deux compagnies dʼinfanterie, afin de monter un SGTIA, qui pourrait gagner la RCA par voie terrestre. Le président tchadien, Idriss Deby, semble, en parallèle, de plus en plus enclin à valoriser son rôle diplomatique et militaire dans cette crise et confirmer son rôle de mentor auprès des nouvelles autorités. Quatre cent militaires tchadiens ont été récemment envoyés en RCA, dans le cadre de la FOMAC. Afin de calmer le jeu suite à la dissolution du Séléka, le président Déby aurait “convoqué” le général Moussa Dhaffan (exministre centrafricain et un des leaders du Front) à NʼDjamena, afin dʼéviter quʼil nʼagisse contre le pouvoir en place.

Un volontarisme qui sʼexplique notamment par la présence dʼinstallations pétrolières au sud du pays, près de la frontière avec la RCA, qui pourraient être menacées, si la frontière devenait chroniquement instable. Une
intervention financée en partie par le biais des intérêts tchadiens dans le secteur du diamant en RCA. Le Tchad travaille aussi avec le Soudan, qui a soutenu le front Séléka pour pouvoir se débarrasser des opposants tchadiens basés au Darfour, et pour sʼassurer que la RCA ne devienne pas une base arrière pour les rebelles du Darfour après leur éviction du Tchad. Khartoum souhaite aussi éviter que le Sud Soudan utilise ce territoire pour approvisionner la rébellion du Darfour et du mont Nouba. Tout en favorisant les éléments les plus “islamistes” qui ne manquaient pas dans le Séléka. Cʼest la raison pour laquelle le régime dʼOmar Al-Bachir continue à livrer, via des Antonov spécialement affrétés, des armes légères chinoises (RPG-7, mitrailleuses 12,7 mm Doushka, munitions) fabriquées sous licence au sud
de Khartoum. Cʼest le renseignement militaire des forces soudanaises (SAF) qui se charge du dossier centrafricain, en organisant notamment la récente visite du général Michel Djotodia à Khartoum. Le général Bozizé, actuellement à Paris, travaille, lui, en coulisse auprès de ses soutiens en Europe, ses forces sur le terrain étant concentrées près de la frontière avec le Cameroun. Cette imbrication dʼintérêts, cumulée au désintérêt des pays européens, laisse craindre une crise aux dimensions régionales et le risque dʼun nouveau sanctuaire pour les islamistes. A moins que lʼAfrique du Sud ne décide de prendre les choses en main…

 

 


Commentaires sur facebook