ADZ: Appréhension et désespoir – JDD

A une semaine de la comparution des six Français de l’Arche de Zoé devant le tribunal correctionnel de Créteil pour la conversion de leur peine de huit ans de travaux forcés, Eric Breteau, le président de l’ONG, affiche son abattement.

De son côté, la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade, a annoncé la création d’une mission qui travaillera à la responsabilisation des ONG.

« Ou je sors, ou la vie ne vaut pas le coup d’être vécue« . Le message est clair. Eric Breteau, président de l’Arche de Zoé, a confié son désespoir à son ex-femme, venue lui rendre visite à la prison de Fresnes. Condamné avec ses cinq acolytes à huit ans de travaux forcés pour « tentative d’enlèvement » de 103 enfants africains, il attend avec appréhension la date du 14 janvier, à laquelle le tribunal correctionnel de Créteil doit convertir leur peine, abolie en France.

« Même si la peine de huit ans de travaux forcés se transforme en huit ans ferme, ou moins, il ne tiendra jamais« , assure Agnès Breteau, dont les propos sont rapportés lundi par Le Figaro. « Il refusera de vivre dans un monde pareil. » Moralement fatigué, en proie à « une très forte révolte intérieure« , ses « problèmes cardiaques » et sa santé fragilisée par une grève de la faim n’arrangent rien à son état général. Il a même « fait son testament par oral » à la mère de ses enfants, précise le quotidien.

L’Etat ne paiera pas pour les humanitaires

Dans un communiqué, Agnès Breteau et Christine Péligat, la femme du logisticien de l’association – également condamné – se demandent si les magistrats français peuvent « décemment décider d’enfermer des humanitaires qui ont (…) prouvé leur innocence (…) et démontré (…) que leurs droits élémentaires tout comme le Code pénal n’avaient pas été respectés« . Lors du Grand Rendez-vous Europe-1/TV5Monde/Le Parisien/Aujourd’hui en France, la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade, a rappelé qu’une enquête française était en cours, et que celle-ci « tient au fait » que l’Arche de Zoé a mis en oeuvre une opération d’adoption « illégale« .

Elle a souligné qu’il avait été prouvé que les 103 enfants présentés par l’association comme des orphelins du Darfour – région soudanaise en proie à une guerre civile – « provenaient d’ailleurs que du Darfour et majoritairement du Tchad, et qu’ils n’étaient pas orphelins« . La jeune secrétaire d’Etat a toutefois assuré qu’elle ferait « tout pour que les conditions de détention soient bonnes, que les familles puissent les visiter« .

Rama Yade, qui veut « tirer les leçons de l’Arche de Zoé« , a par ailleurs annoncé la création, « dans les semaines à venir« , d’une mission dont l’objectif serait de faire des « recommandations pour responsabiliser davantage les ONG« . Elle s’est, enfin, implicitement opposée à la « substitution » de l’Etat aux humanitaires dans le règlement de 4,12 milliards de francs CFA (6,3 millions d’euros) de dommages-intérêts aux familles des enfants. « Ce n’est pas l’Etat qui a été condamné, ce sont les responsables de l’association, a-t-elle déclaré. Avez-vous vu l’Etat se substituer à des responsables de faits de ce genre? On n’en finirait pas. » Les six Français devront donc s’acquitter de cette somme.

Marie DESNOS


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