Les Brèves de N’djaména : La réalité sur le sommet Béri d’Amdjaress.

On a beaucoup épilogué sur la réunion des Béris à Amdjaress; d’aucuns ont supposé qu’il s’agirait d’une cérémonie de réintronisation de Timan Deby, d’autre par contre ont insisté sur le volet succession du despote qui montre de plus en plus des signes de faiblesse. En réalité il ne s’agissait ni de l’un ni de l’autre. On se rappelle que le Président soudanais a fait la semaine dernière une sortie remarquée en déclarant devant une assistance médusée qu’il mettrait fin d’ici à la fin de l’année à toute forme de rébellion dans le Darfour, le Kordofan et dans la région du Nil bleu ! Sur qui et sur quoi  compte-t-il  pour y parvenir ? Naturellement sur Idriss Deby.

Pour ce faire, Al Béchir avait dépêché, souvenons-nous vers la moitié du mois de septembre, un membre béri du gouvernement soudanais auprès de Deby pour lui demander expressément de l’aider à combattre la rébellion soudanaise qui prend de plus en plus des proportions inquiétantes. Le raisonnement du soudanais était très simple : le Front Révolutionnaire Soudanais couve en son sein l’opposition tchadienne qui ne tardera pas à menacer directement le pouvoir de N’djaména ; de ce fait, il serait tout à fait légitime que N’djaména prenne les devants avec la bénédiction des soudanais pour se prémunir de toute surprise. L’avis de l‘opinion tchadienne n’étant pas importante quant au déploiement de ses forces à l’extérieur du pays, par contre il faudrait convaincre la communauté zaghawa de Darfour que la pérennisation du conflit a beaucoup retardé la région et continue de la retarder dans  son programme de développement. Par cette réunion, Deby sollicite donc un sauf-conduit qui lui permettrait d’intervenir directement en territoire soudanais. Ainsi 153 notables dont 9 sultans, des responsables administratifs de la région, des responsables (politiques et militaires) des mouvements politico-militaires récemment ralliés au pouvoir de Khartoum et enfin des personnalités ressources de la communauté, furent tous  conviés au siège de sultanat de Dar Bilia. Pour couronner le tout, une délégation gouvernementale conduite par le Ministre délégué à la Présidence chargé du dossier « Darfour » et le Président de l’Autorité de Darfour, était également conviée à l’assemblée. De même du côté tchadien une panoplie composée de tous les ingrédients aussi hétéroclites qu’incongrus fut conviée à la cérémonie : du Sultan en passant par des généraux en retraite et enfin naturellement des bouffons.

Pour organiser ce carnaval, le despote n’a pas lésiné sur les moyens en puisant sans gêne sur ce qui reste des fonds publics ;  en effet toute la logistique, l’hébergement et la restauration sont pris en charge par le Tchad.

A la séance d’ouverture, le sultan d’Amdjaress s’est montré dans son plus mauvais jour. Bavant comme un chameau en rut et utilisant une vieille recette militaire consistant à surprendre l’ennemi pour le déstabiliser, il s’en est pris violemment sans préliminaires aux notables les traitants de tous les mots d’oiseaux :

  • Que les zaghawas annihilent les efforts considérables faits par lui et par le Président Al Béchir pour la paix dans la zone;
  • Qu’ils sont en connivence permanente avec les rebelles de deux régimes pour les déstabiliser ;
  • Que de grands projets sont en instance de réalisation mais stoppés par l’insécurité ambiante ;
  • Qu’il leur donne un délai de 3 mois pour convaincre la rébellion soudanaise de faire la paix avec Khartoum et lui en tant que Beri, sera leur avocat auprès d’Al Béchir ;
  • Comme il a fait au Mali pour vaincre les djihadistes et en RCA pour renvoyer Bozizé, qu’il est capable d’intervenir aussi directement au Darfour pour nettoyer la zone des bandits et des coupeurs de route.
  • Qu’il met en garde  les Béris que s’ils ne font pas attention « leur pouvoir » risque de s’effriter et ce sera à leurs dépens !
  • Qu’il mettra en place une force mixte de Tissi à Tiné pour bien surveiller les activités des coupeurs de route !

La réponse des notables fut aussi cinglante que fulgurante ; d’abord ils l’ont rappelé qu’il est responsable au même titre qu’Al Béchir du génocide perpétré dans le Darfour  et du malheur des populations darforiennes de 2003 jusqu’à nos jours;

  • Que  lui et Al Béchir ont utilisé toutes les méthodes les plus abjectes contre les fils de Darfour pour les réduire dans leur simple expression ; et qu’ils ne s’attendent pas pire que ce qui a été commis.
  • Les notables lui ont rappelé aussi que le pouvoir qui dure depuis presqu’un quart de siècle et qui n’a pas profité à la communauté, ne sera d’aucune utilité dans l’avenir pour la communauté.
  • De même ils lui ont demandé pourquoi il n’y a aucun projet de développement dans le Dar Zaghawa au Tchad, supposons que l’insécurité en empêche au Darfour.

Dans sa péroraison, le despote a indiqué qu’il n’y a pas des refugiés mais des déplacés !  La nuance est de taille, en ce sens que les réfugiés  se trouvent chez eux soit du côté soudanais ou du côté tchadien ! Sur ce point les notables ont saisi la balle au bond en posant directement la question suivante à leur hôte : Si comme vous le dites les réfugiés sont chez eux et qu’ils doivent  se considérer comme des déplacés, depuis 10 ans qu’ils y sont, combien de fois, vous ou à la limite un de vos Ministres de façon officielle, leur avez rendu visite alors qu’ils vivent dans un état de dénuement total, manquant de l’eau potable et de minimum de subsistance????

Et enfin l’un des participants soudanais, général en retraite de son état et qui a été un grand soutien de Deby quand celui-ci errait au Darfour mais tombé en désuétude depuis, a déclaré en termes secs que le Darfour n’a pas besoin des forces mixtes pour sécuriser son territoire et que le Président tchadien se mêle sans discernement des problèmes qui le concernent pas !

Après cette passe d’armes, la séance fut levée. De l’avis général le climat a été très morose et la délégation officielle n’a pas du tout apprécié les interventions et les réponses des notables soudanais qui se sont comportés en véritables porte-parole de l’opposition et des réfugiés.

Le lendemain à la reprise, le dictateur est descendu de son piédestal se rendant compte de ses dérapages, il a commencé à arrondir les angles en utilisant un autre langage plus clanique et concessionnel suivi des enveloppes bien bombées ; par la suite il a demandé à l’assistance de former une commission de médiation entre le gouvernement soudanais et sa rébellion. Mais le cœur n’y est pas, le mal a été déjà fait.  Cette fois-ci, la réunion n’a pas beaucoup duré à cause  de son programme de visite en Mauritanie mais aussi à cause d’un malaise habituel du tyran.

Selon nos correspondants il n’y avait pas eu de convivialité ni de familiarité à cette réunion ; les mesures de sécurité étaient au plus haut niveau et le despote a refusé des audiences privées ou individuelles. Par contre vu du Soudan, la réunion pompeusement intitulée « réunion de la paix et du développement au Darfour »  a été une grande réussite ; presque la quasi-totalité des journaux soudanais avaient mis l’information à l’Une et en manchette. Curieusement selon la presse soudanaise, la réunion était présidée par les deux Présidents ! Pour les spécialistes des questions soudano-tchadiennes, il est indéniable que les soudanais ont eu ce qu’ils cherchaient à savoir  l’intervention quasi certaine des forces tchadiennes si le JEM persiste dans son entêtement à ne pas faire la paix avec Khartoum ; or les mêmes font remarquer que Deby ne tire jamais des leçons de ses turpitudes. Les troupes tchadiennes pourraient traverser sans inquiétude la frontière, mais entre se pavaner ostentatoirement  dans la brousse de Darfour et  s’affronter directement avec les forces de JEM, il y a une différence de taille que le sultan de Bilia refuse de voir. En tout état de cause, les rebelles, qu’ils soient de l’est ou de l’ouest, sauront prendre leur disposition.

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad

 

 


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8 Commentaires

  1. Mbodou

    Si tout ce vous dites est vrai, nous avons beaucoup de temps à vivre dans l’obscurantisme clano-tribal medieval. L’entrée de la region (Tchad, RCA, Soudan) dans l’histoire de l’humanité n’est pas pour demain. Il faudra prendre des measures politiquse et militaires historiques pour nettoyer le Darfour qui est devenu un nid de destabilisation pour toute l’Afrique.

  2. ASSILECK HALATA Abakar

    « Les notables lui ont rappelé aussi que le pouvoir qui dure depuis presqu’un quart de siècle et qui n’a pas profité à la communauté, ne sera d’aucune utilité dans l’avenir pour la communauté.
    De même ils lui ont demandé pourquoi il n’y a aucun projet de développement dans le Dar Zaghawa au Tchad, supposons que l’insécurité en empêche au Darfour. »
    Soyons sérieux , de qui se moque t-on ; Le pouvoir de Deby n’a pas profité à la communauté ? Oui comme nous marchons sur la tête ….Et le Tchad dans tout ça ?

    • Mr Abakar Assilek Halata, vous pouvez marcher sur la tête si cela vous convient naturellement, mais vous avez l’air de confondre le profit au niveau d’une communauté et le profit individuel et personnel des voleurs de la République. Je vous rappelle que individuellement parlant il n’y a pas que seulement les zaghawas qui ont profité ou pillé le Tchad . Toute la cohorte des bouffons, des délateurs ,des proxénètes politico-administratifs qui ont entouré le despote et qui en continuent encore ne sont pas constitué seulement des individus zaghawas.
      Votre animosité viscérale et caricaturale en vers la communauté et dont vous êtes le porte parole d’une catégorie des individus ayant des difficultés de discernement, ne doit vous pousser davantage dans l’abîme des amalgames. la communauté zaghawa a payé un prix très lourd au tant que les autres communautés depuis l’arrivée de Mps au pouvoir, elle était en effet la 2è communauté après la révolte du feu Madom à récuser en 1992 le déviationnisme de Deby; depuis lors les zaghawas combattent avec les autres tchadiens les armes à la main le système Deby.
      Le pays béribé (Dar Béri) s’étend du Nd au Sud de Fada aux limite de Dar Tama et de l’Est à l’Ouest de Tiné(Tchad) aux limites de la sous-préfecture d’Arabe, je vous demande de se poser la question à vous mêmes: combien des puits, des hôpitaux des écoles, des routes , des marchés……ont été construits dans cette région?
      Votre père a été un grand sous-prefet et de Fada et d’Iriba; heureusement il est encore vivant que Dieu lui prête une longue vie), posez lui la question pour savoir et connaître plus sur la région et les hommes, il n’avait pas que laissé des mauvais souvenirs selon ses propres dires, au lieu de se cramponner sur des clichés au risque le train de l’histoire!

      • Assileck Halata Abakar

        Bonjour frère Sougour Dillo , je vous remercie de la réponse apportée , mais je voulais simplement vous dire que non j’ai pas une haine envers la communauté nationale et je ne suis pas non plus le porte parole  de cette entité dont vous faites allusion  . Je sais que la communauté nationale Bérri  a été toujours présente aux soubresauts que notre pays en  a connu et elle a payé un lourd tribut . J’ai des amis et des camarades de luttes dans cette communauté avec eux nous avons défié le système très tôt en plein cœur de la capitale et comble de l’ironie c’est ceux qui étaient aux côtés du tyran  à cet époque et qui nous ont combattu , qui se réclament aujourd’hui de l’opposition et me
        taxent  d’haineux envers ceux avec qui nous avons formé une vraie communauté pour lutter contre le dictateur Deby. Est ce ce n’est pas une subterfuge que ces derniers ont trouvé par cet amalgame le plus souvent taxer ceux qui critiquent  le système de les considérer comme des gens qui détestent la communauté Zakhawa  ?. Personnellement j’ai aucun problème avec la communauté si ce n’est le système et l’injustice sur la gestion de la chose publique , il faut être débile pour dire que tous les Zakhawa sont coupables .je sais que les premières victimes du régime Deby sont des Zakhawa ( kobé) tués lâchement devant leur familles. A des degrés différents le clan biologique et le clan profito-situationnistes ont mis le pays à sac et  détruits ses valeurs et le vivre ensemble. Pour  les projets de développement , le favoritisme  , la ville d’amdjaress et  les régies financières de l’Etat ( DAFF) en sont des preuves palpables.  Ma crainte c’est la communautarisation-transfrontaliere qui pourra nuire à cet État nation fragile . Nous n’étions pas témoins que le JEM a apporté  un appui décisive au régime de Deby  , en attaquant les rebelles tchadiens toutes communautés confondues ?  Au nom de quoi ? Pour notre vivre ensemble  tachions surpasser les barrières culturelles  et privilégions la culture républicaine  qui sera le socle d’un Tchad meilleur et prospère . Sans rancune ..patriotiquement vôtre .

      • Patriote

        Mr Dillo, Laisse Abakar traquille, il n »est que le porte parole de sans voix.
        Avec tout le pillage que vous avez faite ne vous remplisse pas le ventre. de WIFI et d »electricite 24h24 a Amdjaress. une ville sortie de nulle part il ya quelques annees en dispose de l »aeroport international.

        Trop se trop

  3. Choukou

    Verbiage clanique que les tchadiens ont assez entendu. Plutot, parlons des solutions aux desordres crees par tous les VBs qui nous commandent depuis 1/4 de siècle. 

  4. Depuis le monsieur est installee au pouvoir ,notre pays a connu une dechirure sur n’importe quel plan,mais certes il s’agit de premiere dechirure la devaluation monetaire et la division des parents particulierement entre cousins et frere,et pourtant il a instaurer des idees endocriner par les peuples.rappler aussi un pays exportateur de petrole vers le marche mondiale et la capitale vit toujours dans l’obscurantisme ,ou est le revenu de la manne petroliere? mais pourquoi le pays est-il plonge dans le chaos?quel est le marasme financiere de la gestion publique?le tchad n’en a pas des hommes integres pour diriger cette beau pays,mais tout ce qui sont la ,ils n’ont pas l’ambition de servir ce pays,d’ailleur leur intention de detourner le deniers public de L’ETAT et enfin de s’enrichir sur les dos des autres,seul l’avenir nous jugera un jour. en toute sinceritee j’ai la ferme conviction de ne pas indexer qui que sa soit mais je veux un changement de mentaliter des nos hauts fonctionnaires .