"Construire un homme" de Edjou Djomniyo Kantiebo – Le Faso

Edjou Djomniyo Kantiebo « Construire un homme », une thèse qui s’est consacrée à l’étude du phénomène initiatique dans une localité du Tchad.

L’auteur, Edjou Djomniyo Kantiebo, docteur en anthropologie travaille pour la promotion de la culture africaine car pour elle, « la renaissance de l’Afrique ne peut être sans la mise en chantier de la mémoire et de l’histoire des sociétés qui l’habitent ».

« Ce livre porte particulièrement sur le rite initiatique Yondo où le Ndo proclame qu’il est la musique, qu’il baigne dans la lumière pendant que les Koye (non initiés) demeurent dans l’obscurité », souligne l’auteur de « Construire un homme », Adjou Djomniyo Kantiebo. Cette chercheuse burkinabè pense que reconsidérer les rites initiatiques africains interdits pour la plupart au temps des colonisations contribue à reconstruire l’être-en-soi. Ainsi, dans sa volonté de rétablir la culture et les valeurs africaines, essence de toute société, Edjou Djomniyo Kantiebo s’est intéressée au rite initiatique Yondo des Sara, peuple du Sud du Tchad.

Selon Mme Kantiebo, le Sara résume que « le Yondo est un rite par lequel la société transforme la créature humaine de « l’état brut », être ordinaire baignant dans l’obscurité de lui-même et des choses de la terre, en un être « supérieur », « raffiné » capable de sociabilité et de transcendance ». Cette thèse de 285 pages publiée sous forme de livre aux éditions Transcendance en mai 2007 est subdivisée en quatre parties. La deuxième partie intitulée, « les corps sacrés et mythiques, le substrat de fondement de base » met en exergue les processus d’accomplissement du Yondo chez les Sara du Tchad. La dynamique autour du rite, le parcours initiatique, l’organisation spatiale du village, l’épreuve suprême (la mise à mort, la renaissance et les balbutiements) y sont décrits.

L’auteur de la thèse mentionne que les Sara du Sud-Tchad, mettent l’individu en chantier dans le Yondo pour construire l’homme par sa sortie dans la lumière. Ainsi, « construire un homme revient à le faire passer par tous les états d’être différents, pour installer le multiple en un », selon leur conception. Cette œuvre qui puise ses racines dans la société africaine a été préfacée par le professeur Joseph Ki-Zerbo. « Une multitude de descriptions, de réflexions et d’argumentations fourmillent au fil de cette thèse qui pourraient enrichir les citoyens éclairés ordinaires et pas seulement les chercheurs et pourquoi pas les dirigeants », souligne le préfacier de « Construire un homme ». Exprimant sa déception du peu d’intérêt pour les pratiques africaines, Joseph Ki-Zerbo a relevé qu’en « Afrique, nous sommes trop souvent assis sur notre patrimoine en attendant son extinction ou son inclusion-exclusion.

C’est la fuite en avant… ». Pour le préfacier de « Construire un homme », « que la Banque mondiale s’intéresse davantage au pétrole qu’au Yondo, cela peut à la rigueur se comprendre, mais que les responsables de l’éducation africaine soient indifférents devant l’intérêt que présente l’initiation originelle pour la refondation de l’école africaine aujourd’hui, autant vaut tenter de développer les gens en dehors d’eux-mêmes ». Cet ouvrage dont la lecture permet de découvrir le processus de formation de l’homme dans l’école africaine coûte 30 euros en France. Son intérêt n’est plus à démontrer, raison pour laquelle Edjou Djomniyo Kantiebo écrit que « ce livre ne concerne pas seulement les Africains, mais l’humanité égarée dans les limbes ».

Ali TRAORE
traore_ali2005@yahoo.fr


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