HISSEIN HABRE : DE LA RÉBELLION A LA PRISON : tout ça pour ça ?

1972 : François Tombalbaye décide de négocier avec une partie des multiples mouvements armés au nord du Tchad. Il envoie Hissein Habré à la rencontre des rebelles. L’envoyé spécial du président de la République est originaire de la région, et pourrait convaincre l’opposition armée de regagner la légalité pour éviter au pays un bain de sang inutile dans la conquête du pouvoir par la force. Cette initiative pacifique échoua car l’homme Hissein Habré a toujours nourri une ambition dans sa tête : faire du Tchad, un lac de sang. Il ne reviendra pas. Il rallie le mouvement armé. Il en prend même la tête. Il faut savoir qu’Hissein Habré avait déjà sa carte du Frolinat. Il n’est point étonnant qu’il décide de rester avec les siens pour combattre le régime de N’Djaména. Il torturé et pendu le commandant Galopin, un Français envoyé comme négociateur. Décidément, Hissein Habré aime verser le sang de ses semblables.

1976 : Hissein Habré fait défection. Il rompt avec Goukouny et décide de faire cavalier seul dans la conquête du pouvoir. Mais il avait un inconvénient de taille : il n’était pas représentatif sur l’échiquier politico-militaire. Il ne pouvait pas entre à N’Djamena par la force. Mais Habré est rusé : il avait un tour dans son sac. Habilement, il accepte la main tendu de Malloum. Il fait semblant de rentrer à N’Djamena dans le cadre d’une réconciliation nationale.  Or, l’objectif de ce ralliement était surtout de venir s’organiser de l’intérieur, pour ensuite livrer bataille dans la capitale pour conquérir le pouvoir pour avoir le plein pouvoir de tuer et torturer pour son grand plaisir. Ainsi, dès son entrée en fonction en tant que Premier Ministre du Tchad, on sentait que la guerre était imminente. Premier indice : Habré refuse d’intégrer ses FAN au sein de l’armée régulière : première violation ouverte des accords de Khartoum. C’était pour s’organiser et déclarer la guerre civile généralisée dans le pays afin de créer des circonstances troubles pour conquérir le pouvoir. L’arme efficace et fatale qui allait lui permettre de conquérir le pouvoir était la carte de l’opposition nord-sud. Le premier ministre de Malloum a mobilisé tout le nord, ou presque, derrière lui. Il a terrorisé les populations du nord. Ceux qui refusaient de s’allier à lui était bastonnés, voir exécutés. Nous sommes en 1978, bien avant la guerre de février 1978. Un de ces actes notables anti- sudiste : Hissein Habré s’est rendu en personne à la maison de la radio pour retirer le micro à un journaliste, car il parlait le sara. Le Premier Ministre Hissein Habré venait de prononcer un discours qui devait être traduit dans diverses langues du pays. Le speaker arabe était en retard. Pour ne pas retarder les émissions, les organisateurs de la radio ont fait passer le speaker sara. Pour Hissein Habré, c’est inadmissible. L’arabe (langue des nordistes ???), devait passer avant le sara. C’est une insulte à l’égard des nordistes, selon Hissein Habré. L’homme a débarqué à la radio, et a arraché le micro au journaliste.
  Le témoignage d’un de ses ministres en dit long. Il s’agit de Michelot Yogogombaye, qui a promis d’aller défendre le tortionnaire :
Certes, Hissein Habré a commis de graves erreurs politiques dans sa carrière : il n’aurait jamais dû déclencher le « 12 février 1979 ». Hélas, c’est un homme comme vous et moi. Il a ses faiblesses tout comme ses qualités . A sa place en 1978, qui parmi nous aurait pu ou aurait dû agir autrement ? Car, en 1978, face à Félix Malloum, Hissein Habré était seul, minoritaire contre tous ses coreligionnaires du Frolinat. Il lui faut envoyer un signe fort lui permettant de mobiliser l’ ensemble Nord derrière lui. Autrement dit : jouer la carte sensiblede « Nord-Sud » ; « Chrétien- Musulman »; faute de quoi, il serait politiquement mort en 1978. Et c’est ce qu’il avait fait de manière cynique, peut-être , mais éclatante et intelligente, avec sans [véritablement] l’intention de nuire au Tchad, nuire à son indépendance et ou à son unité ! 
Nous attendons de pied ferme à Dakar, Michelot Yogogombaye. Depuis l’arrestation effective du criminel Habré, on ne l’entend plus. Lui qui a déposé des plaintes contre l’Etat du Sénégal, lui qui a entamé des démarches dans toutes les directions pour faire abandonner la procédure judiciaire contre le criminel Habré, lui, Michelot Yogogombaye, est devenu complètement muet depuis l’arrestation du tortionnaire. On peut penser qu’il est en train de préparer son plaidoyer en faveur d’Hissein Habré. Il n’a pas le temps, puisqu’il doit parcourir l’Europe entière pour rencontrer beaucoup d’avocats pour préparer la défense de son idole criminel Hissein Habré. Nous l’attendons à Dakar à l’ouverture du procès du siècle.
Disons que lorsqu’il venait de rentrer au bercail en 1978, Hissein Habré avait des partisans aussi bien au nord qu’au sud. Si des élections démocratiques étaient organisées, Habré pouvait être élu haut la main par la majorité des Tchadiens. Il avait un discours nationaliste à sa prise de fonction et comptait de nombreux partisans dans le milieu intellectuel sudiste. Les Tchadiens voulaient à tout prix éviter la guerre et Habré les a convaincus en décidant d’abandonner (en apparence du moins) la lutte armée. Mais très rapidement, ses actions anti-sudistes et sa ferme volonté de déclarer la guerre civile généralisée, clairement affichées ont pousser ses premiers partisans sudistes à prendre de la distance.
Voilà donc Hissein Habré. La guerre de 1979 n’a malheureusement pas permis à Habré de devenir président. Lors de la formation du GUNT, il insiste et obtient le ministère de la défense : calcul habile pour acquérir les armes afin de déclarer une autre guerre. Il voulait à tout prix être président. Hissein Habré aime la violence comme mode d’action. Le ministre de la défense du GUNT déclare en mars 1980, une guerre contre son propre gouvernement. La guerre dure 9 mois. Décembre 1980, Hissein Habré quitte N’Djaména avec ses troupes, devant l’aviation et les chars libyens. Il revient victorieux à N’Djaména le 7 juin 1982. C’est la descente aux enfers du peuple tchadien. Les arrestations arbitraires se multiplient. Personne n’est épargné, qu’on soit nordiste ou sudiste, fonctionnaire ou paysan, homme, femme ou enfant. La machine à tuer, la DDS, véritable équivalent de la GESTAPO a été créé par ordonnance présidentielle en 1983. Des villages entiers ont été rasés, les paysans torturés et assassinés sur ordre d’Hissein Habré. En 1989, quand il a fait face à ceux qui l’ont porté au pouvoir, c’était la fin. Après la guerre nord-sud, c’est maintenant la guerre nord-nord. Le CCFAN venait de dévorer ses propres enFAN.  Idriss Déby chasse Hissein Habré du pouvoir. Le lion indomptable a fui comme un malfrat, jambes au cou, en emportant avec lui dans son exil tout le trésor public tchadien, un équivalent de plusieurs milliards de francs CFA (environ 7 à 8 milliards selon les estimations).
Quand on revoit le film Habré, on se demande pourquoi il a fait tout ça. On peut penser que l’objectif d’Hissein Habré est de mettre la main sur tout le trésor public tchadien. Il aime le gain facile. Sous Hissein Habré, pour la première fois au Tchad, le pillage a été institutionnalisé. Les proches de HH, les FAN, pouvaient arracher le bien d’autrui et tuer sans être inquiétés. Hissein et Fatimé Habré, très avides d’argent, ont lancé « l’opération or » : chaque femme tchadienne devait donner un lingot d’or ou son équivalent au couple présidentiel. Très ingénieux quand il faut inventer un système pour extorquer de l’argent aux Tchadiens , Hissein Habré lance l’effort de guerre. Les agissements de Kadhafi étaient accueillis par Hissein Habré comme une manne dans le désert et lui ont servi de fond commerce pour avoir le soutien de l’Occident contre Kadhafi. Hissein Habré dénonçait l’agression libyenne pendant qu’on assassinait par milliers des Tchadiens à l’intérieur du pays.
En résumé : Hissein Habré est un criminel, doit doit être jugé. Mais il ne doit pas être seuls à payer. Tous ses complices de la DDS doivent être poursuivis. Le Tchad mérite d’avoir son procès de Nuremberg, comme en 1945. Fatimé Habré doit être poursuivie au même titre que son criminel de mari, pour complicité de crime contre l’humanité. Elle était aux côtés de son mari quand celui-ci assassinait en masse les Tchadiens.
Hissein Habré est également un voleur : il a emporté l’argent du trésor public. Il a également emporté un avion militaire, un C130 offert par le gouvernement américain à la République du Tchad. Il a fallu un procès à Dakar pour qu’il rende cet avion au Tchad.
Aux yeux de ses partisans, Hissein Habré a le mérite d’avoir chassé les sudistes du pouvoir. Mais pourquoi combattent-ils alors Déby ?
En prenant les armes successivement contre Tombalbaye, Malloum, et Goukouny, Hissein Habré poursuivait un double but : instaurer un pouvoir de type hitlérien, où toute contestation est durement réprimée dans le sang, et piller toutes les ressources du Tchad. Il a atteint ces objectifs pour le plus grand malheur des Tchadiens. Mais heureusement il est rattrapé par son passé.
Avoir pris les armes contre l’Etat tchadien, pour finir aujourd’hui en prison. Tout ça pour ça ?
BELEMGOTO Macaoura
macaoura@hotmail.fr

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