Daoussa Deby ou « Bâkoul Mâ bachbâ »

Le Collectif des financiers révoltés (CFR) poursuit son feuilleton concernant les pilleurs de la République. Le précédent article avait donné un schéma synoptique de la situation de tous les prédateurs et ceux qui pivotent autour d’eux. Le présent article s’intéresse donc aux cas individuels. L’honneur revient donc au grand frère d’ouvrir le bal. DD est le patriarche de la famille, il est aussi l’intellectuel de la famille, en effet il est le seul à avoir fait des études universitaires académiques couronnées par un diplôme sans contexte. On se rappelle que cet homme, drapé dans un burnous royal avait déclaré sans pince rire à la télévision tchadienne que son arrière-grand-père possédait 10 OOO chamelles et des esclaves et qu’il avait tué un dinosaure !  Comme quoi le niveau intellectuel et la personnalité de l’individu ne vont pas de pair de fois !    DD est le patriarche de la famille, on l’appelle souvent le grand frère d’IDI, en réalité, à quelques mois près, les deux ont presque le même âge. Pour le commun de mortel, DD est la face visible de l’iceberg par certains côtés du pouvoir des Deby. Pourtant, c’est lui, qui, au fil du temps, et à force de répéter, a incrusté dans la tête des Deby la philosophie ou ligne de conduite intangible : au Tchad, à l’exemple des pouvoirs précédents, il n’y aura pas une autre occasion, c’est maintenant ou jamais, alors s’instaura avec l’arrivée des revenus pétroliers la boulimie de la famille pour l’argent et les biens matériels.

DD, qui en son temps, semblait être le petit fonctionnaire exemplaire, s’est transformé en oligarque des temps modernes à l’exemple des russes de l’après Union soviétique. Alors le DD national a conceptualisé, loin des yeux curieux, la présence des membres de la famille Deby à tous les postes importants et juteux (politiques, économiques et militaires). On vous fera l’économie de les énumérer, car au Tchad, ça saute à l’œil – bref, le pouvoir c’est la famille. Du plus petit au plus grand, tout le monde s’est mis, seul mot d’ordre : quand on a le pouvoir, on bouffe. Bien que cela ne soit pas au théâtre du coin, les N’Djamenois, qui ont plus d’une plaisanterie au goût amer dans leur poche,  appellent notre DD « Bâkoul mâ bachbâ », c’est-à-dire, tout simplement, insatiable!

Le plus grave, à force de répétitions, des pressions familiales avec le concours des vieux du village d’une autre époque, DD est arrivé à incruster durablement ce concept dans le cerveau d’IDI. A vrai dire, aux premières années de sa prise de pouvoir, IDI avait certes bien de défauts, mais le bien matériel n’était pas sa tasse de café.

Fidèle à sa propre philosophie, DD s’est servi amplement. Le tonneau de danaïde en matière de l’accumulation des biens matériels n’a pas de limite : comme un feu de brousse, il happe et nettoie tout devant lui. D’abord, il a fait main basse sur l’OFNAR dont il était le tout premier Directeur. Redevenue SNER, à la faveur de la privatisation, DD s’est purement et simplement approprié la société en utilisant des méthodes qui n’ont rien à envier à celles d’un mafiosi napolitain. Devenue propriété privée de DD, la SNER rafla sans discontinuer depuis 23 ans une bonne partie des marchés de construction et d’entretien des routes. Et pourtant, rares sont les marchés exécutés par la société de DD et qui auront donné satisfaction. Un ministre s’est autorisé à mettre un holà à ce gâchis, cela lui a valu son poste. Les routes goudronnées à N’Djamenois par la SNER sont tellement de mauvaise qualité, avec des trous colmatés de partout, qu’elles s’apparentent à celles réalisées sous les précédents régimes.

Mais au fait, à qui appartient la SNER ? Il est écrit sur les documents officiels que l’Etat est actionnaire de la SNER, mais dans la réalité c’est DD l’unique patron, et n’a de compte à rendre à personne. Il recrute qui il veut, renvoie qui il veut, ne paie absolument rien, ni impôts, ni autres taxes à l’Etat.

Il régnait sans partage, jusqu’à une époque récente sur tout l’espace routier du Tchad. En voulant gagner le maximum, au détriment de la qualité, d’autres opérateurs ont pu se frayer le chemin grâce aux financements des partenaires et de son petit frère qui commençait à voir rouge. Reste à savoir combien de temps cela va durer ?

Revenons un peu en arrière pour également constater que DD, s’était lancé dans des nombreuses opérations douteuses, à la limite criminelles dont l’objectif est tout simplement d’amasser de l’argent. La plus connue et de loin la plus odieuse est l’élimination physique du Sheikh Ibni Oumar et Adouma Ali.

Dans leur recherche acharnée de l’argent facile, les Deby ont invité des hommes d’affaires soudanais à reprendre les sociétés privatisées qui leur seront plus tard rétrocédées. C’est ainsi qu’un homme d’affaires, un Béri touer, proche des Deby, mobilisa des ressources financières dont la provenance semble somme toute être louche. La SNER, l’huilerie savonnerie de la Cotontchad, la Raffinerie, l’ex Printania (actuel siège en construction de la CNPS) etc., étaient ainsi tombés entre les mains des hommes d’affaires soudanais. Ceux-ci ont également financé le pont à double voie de Chagoua. Dix-sept millions  USD en espèces furent déposés à la BCC. Les DD liquidèrent physiquement le représentant des financeurs soudanais ainsi que Adouma Ali, l’intermédiaire, et firent main basse sur la totalité des fonds. Selon diverses sources, l’opération a été montée et exécutée par DD.

DD règne donc sur un empire allant des routes, bâtiments, de l’import/export, surtout le sucre soudanais qui a mis à terre la CST, l’ex SONASUT, des produits de la raffinerie et des nombreuses stations-service.

Il manquait à son registre un autre secteur capitalistique, celui des télécommunications. Désormais c’est réparé, il est nommé Ministres des télécommunications et la suite est connue : l’appropriation par les Deby de tout le secteur des Télécoms y compris la fibre optique.

Aujourd’hui, on se rend à l’évidence que la ligne de DD a largement triomphé et le pouvoir est entièrement entre les mains des Deby et ça bouffe sans limite de toute part. Alors les Deby, balayez d’abord devant vos portes avant de donner des leçons de bonne gestion du pays. Les tchadiens, sauf à avoir peur des représailles, sont loin d’être dupes.

CFR