Ce sera une nième occasion pour le Tchad d’occuper la Une des la presse internationale ; des journalistes et des pseudo journalistes vont dĂ©ferler sur le Tchad, les images du Tchad vont passer en boucle sur les Ă©crans des TV du monde, des « spĂ©cialistes » du Tchad, des opposants, des pseudo opposants vont occuper les antennes des TĂ©lĂ©s et radio. Une fois que les tchadiens se seraient proprement entretuĂ©s, alors on zappera le Tchad. Cette calamitĂ© s’abattra sur le Tchad Ă  cause d’une seule personne, aidĂ©e en cela par ses nombreux appuis occasionnels. Le dictateur de N’djamĂ©na a dĂ©cidĂ© de conserver Ă©ternellement le pouvoir par la force et la violence, contre la volontĂ© unanime des tchadiens. Que les tchadiens aient massivement boycottĂ© le referendum qui le sacrifiait PrĂ©sident Ă  vie, qu’ils aient encore plus massivement boycottĂ© le simulacre d’élections qui le consacrait PrĂ©sident Ă  vie, le dictateur n’en a cure. A ceux qui rĂ©sistent Ă  cette dictature par les armes, il leur ferme toute porte des vraies nĂ©gociations et n’exige que des ralliements purs et simples.

Aujourd’hui, tout est prĂŞt de deux cotĂ©s pour un choc frontal meurtrier. L’armement alignĂ© de part et d’autre de la ligne de front est impressionnant. Les moyens d’une rĂ©bellion et d’un Etat ne sont pas du tout comparables ; mais malgrĂ© cela, les rebelles n’ont jamais Ă©tĂ© aussi dĂ©cidĂ©s et dĂ©terminĂ©s que maintenant pour en dĂ©coudre. Ils affirment pouvoir aligner 20000 combattants mais les ressources indĂ©pendantes parlent de 12 Ă  15 mille personnes, c’est dĂ©jĂ  beaucoup. ExceptĂ©s les avions et les chars chenilles, la rĂ©bellion dispose les mĂŞmes armes que les forces gouvernementales puisĂ©s des entrepĂ´ts gouvernementaux. Mieux, selon nos informations, certaines armes que la rĂ©bellion possède, les forces de Deby n’en n’ont pas ; aux « Milan » français emportĂ©s par des dĂ©serteurs, il faut ajouter les « 9M-113 » et « 9P-135 », armes extrĂŞmement puissantes et prĂ©cises nouvellement acquises. Le moral très haut des combattants de l’UFR contraste fortement avec la dĂ©mobilisation de la soldatesque d’en face. Face Ă  la nonchalance des forces de Deby, les rebelles montrent un moral de fer et une cohĂ©sion politique et militaire jamais atteintes jusqu’à maintenant. La rĂ©bellion est en hausse, En face, Deby, en baisse, aligne tout ce que l’Etat possède des militaires, para militaires avec tout l’armement qu’il s’est procurĂ© avec les revenus pĂ©troliers. Ainsi tout est prĂŞt pour le choc frontal et meurtrier avec ses cohortes de dĂ©solations : les ndjamĂ©nois vont fuir massivement vers la ville camerounaise de Kousseri, les hĂ´pitaux tchadiens vont se remplir des blessĂ©s, les bâches vertes vont ĂŞtres hissĂ©es dans les diffĂ©rentes concessions (« places mortuaires »), du moins chez les proches de Deby qui apprendront la mort des leurs en temps rĂ©el, tandis que les autres tchadiens n’apprendront rien du destin funeste des leurs, les opposants politiques tchadiens seront traquĂ©s, assassinĂ©s, etc.

Tout cela arrive sous le regard insouciant de la communautĂ© internationale. Le PrĂ©sident de la Commission de l’UA, de surcroit de l’Afrique centrale, et qui connait parfaitement les problèmes tchadiens pour avoir gĂ©rĂ© personnellement plusieurs dossiers, ne pipe mot. Plus tard quand les Ă©vĂ©nements auront dĂ©clenchĂ©, on l’entendra Ă©videmment tonner sur toutes les radios et tĂ©lĂ©s que l’AU est contre la prise du pouvoir par les armes !! Et la confiscation du pouvoir par les armes, M. PING ?? Et la France dans tout ça ? Entre le Tchad, les tchadiens et Deby, la France a malheureusement choisi Deby, au grand dam des tchadiens. Deby ne peut tenir un jour sans l’appui multiforme de la France. La France, seule ou sous le couvert de l’UE a cautionnĂ© toutes les malversations et manĹ“uvres politiques et Ă©conomiques de Deby. La haine viscĂ©rale vis-Ă -vis du Soudan et gĂ©nĂ©ralement de tout ce qui vient de l’est n’explique pas ce soutient tout azimut, moins encore les intĂ©rĂŞts de l’Etat français au Tchad. Entre Deby et le rĂ©gime actuel français, il existe des intĂ©rĂŞts particuliers pour nr pas dire mafieux. Plus que le prĂ©sident français, c’est Kouchner l’homme de Deby.

Médecin de son état, va-t’en guerre forcené au quotidien, Kouchner peut voir mourir tous les tchadiens sans lever le petit doigt pourvu que Deby en sorte vivant. Et pourtant, la France a toutes les cartes en main pour montrer au dictateur la voie de sortie, éviter ainsi l’effusion de sang et contribuer à l’avènement d’un Etat de droit, avant qu’il ne soit trop tard. Elle en gagnerait beaucoup et les tchadiens lui seront éternellement reconnaissants.

Beremadji Félix
N’djaména