Personne n’est au courant de leur arrestation. Aucun service de l’Etat ne s’occupe d’eux. Ils ne sont passĂ©s devant aucun juge ni aucune juridiction de l’Etat et personne ne connait leur nombre. Ce sont des militaires, des individus faits prisonniers lors des diffĂ©rentes batailles, des simples civiles commerçants ou mĂŞme des sans travail ; tous arrĂŞtĂ©s et emmenĂ©s sur simple dĂ©cision de Deby et de lui seul. On y trouve tout le Tchad : des gens soupçonnĂ©s de sympathie avec la rĂ©bellion, ou mĂŞme jugĂ©s parents des rebelles, ceux qui ne se courbent pas devant les princes du palais, ou d’autres qui ont lancĂ© un mot dĂ©plaisant contre le rĂ©gime par pur hasard et se croyant seuls, mais tombĂ© dans l’oreille d’un mouchard, des militaires qui refusent d’aller aux combats, bref du tout et de tous les coins du Tchad. Des individus dĂ©clarĂ©s morts s’y trouvent, par contre d’autre dont la rumeur publique les dĂ©clare Ă  Korotoro ne s’y trouve pas.

Selon les informations fournies par un ancien geĂ´lier ayant rĂ©ussi Ă  regagner la rĂ©bellion, la situation des prisonniers est tout simplement dramatique, inhumaine, abominable. Ils meurent tous les jours et de tout : des maladies, de la faim, du froid, de la chaleur, etc. Il n’y aucune visite mĂ©dicale, il n’y a aucun soin et aucune possibilitĂ© d’acquĂ©rir des mĂ©dicaments. Les maladies respiratoires sont les plus frĂ©quentes, sans parler de la famine. Selon les dires de ce tĂ©moin oculaire, les prisonniers ressemblent Ă  ceux extirpĂ©s des geĂ´les de la DDS un certain 1er dĂ©cembre 1990 : famĂ©liques, squelettiques, mĂ©connaissables, incapables de se tenir debout. La majoritĂ© est Ă  quatre pattes ou se traine sur ses fesses.

De peur que la vĂ©ritĂ© se sache, le bagne est hermĂ©tiquement fermĂ© au monde extĂ©rieur ; on rentre dans Korotoro mais on n’en sort pas. Aucune visite n’est autorisĂ©e. Ne vivent que les prisonniers et leurs geĂ´liers, pas d’âmes dans un rayon de trois cent KM. Certaines organisations internationales, Ă  l’instar de CICR ont timidement tentĂ© de s’y rendre, mais ont Ă©tĂ© refoulĂ©es sans mĂ©nagement.

VoilĂ , au 21ème siècle, la face hideuse d’un rĂ©gime « dĂ©mocratique, lĂ©gal et lĂ©gitime », appuyĂ© par les dĂ©mocraties occidentales particulièrement la France et l’UE.

Correspondance particulière