On se rappelle que le Ministre des Infrastructures, Adoum Younousmi, a Ă©tĂ© la première cible du nouveau ministre de la moralisation et on se rappelle aussi du bruit fait autour de ce contrĂ´le, sur instigation de Deby. Mais pourquoi alors les conclusions du contrĂ´le au Ministère des infrastructures n’ont pas Ă©tĂ© rendues publiques jusqu’à maintenant ? Alors, on commence Ă  ronronner : les collègues de Younousmi incriminĂ©s commencent Ă  dire Ă  haute voix, qu'il y a dans cette affaire deux poids, deux mesures! Certains disent, si Younousmi ne suit pas le mĂŞme parcours qu’eux, alors cette affaire n'est qu'un règlement de compte montĂ© par leur chef, c.Ă .d. Deby.

Au Tchad, les places mortuaires sont les rares lieux privilĂ©giĂ©s des rencontres, d’expression et d’échange d’informations. Se retrouvant en groupe d’intĂ©rĂŞt politique, familial ou amical, les participants s’expriment souvent très librement. Dernièrement, une de ces places mortuaires a servi du tribunal contre le rĂ©gime. Les paroles ont Ă©tĂ© tellement crues et dites Ă  haute voix par des membres du Gouvernement et des dĂ©putĂ©s, que certains participants ont jugĂ© bon de quitter la place : oĂą sont partis les revenus pĂ©troliers ? Pourquoi on n’inaugure aucune rĂ©alisation digne de ce nom, alors qu’on pose la première pierre tous les jours ? Pourquoi les conclusions du contrĂ´le au Ministère des infrastructures ne sont pas rendues publiques ? Pourquoi on ne contrĂ´le pas les douanes oĂą le fils de Timan Deby (remplacĂ© depuis par un autre Itno, chacun Ă  son tour) règne en maitre absolu, la fiscalitĂ© pĂ©trolière oĂą Saleh Deby règne en monarque divin, aux ImpĂ´ts, aux Domaines oĂą des neveux souvent analphabètes dictent des ordres venus d’en haut aux cadres diplĂ´mĂ©s, au BNF, devenu propriĂ©tĂ© privĂ©e des Deby ?? Comment sont gĂ©rĂ©s les fonds gĂ©nĂ©rĂ©s par les services de manutention Ă  l’aĂ©roport de N’djamĂ©na ? A quand les audits sur la gestion des fonds taĂŻwanais, que plusieurs gĂ©nĂ©rations doivent se serrer la ceinture pour les rembourser ? A quand l’audit sur toutes les aides, prĂŞts, dons et autres fonds des particuliers dĂ©tournĂ©s, pour la construction de la raffinerie de Sidigui et une centrale Ă©lectrique ? Comment sont gĂ©rĂ©s les fonds des passeports (les plus chers au monde !) et les cartes d’identitĂ©? Conclusion logique : l’agitation autour de l’affaire au MEN et l’arrestation de H. Kabadi ne sont que de la poudre aux yeux des naĂŻfs, mĂŞme si cette affaire a mis au grand jour et aux yeux de l’opinion tchadienne et internationale la pourriture, la dĂ©liquescence du pouvoir actuel.

Selon un rapport publiĂ© par un site proche de l’opposition, on apprend qu’on achète des tĂ©lĂ©phones portables aux membres du gouvernement, qu’on finance des marabouts et autres charlatans pour le compte de ces mĂŞmes membres du Gouvernement, etc., en fait des choses d’une petitesse et misère incroyables. Ça ne peut se passer nulle part ailleurs, sauf au Tchad de Deby. Deby osera t-il rĂ©pondre aux interrogations de ses proches collaborateurs ? Osera-t-il faire passer « le balai de l’assainissement lĂ  oĂą il doit passer ?» c.Ă .d. par l’itnoland. Ou bien Deby dĂ©barquera-t-il au prochain remaniement tous es insolents qui ont osĂ© soulever des questions tabou en public ? On apprend de la bouche de ces honorables collaborateurs de Deby que le rattachement du Ministère de la Moralisation, loin d’être une promotion, est plutĂ´t une manĹ“uvre pour museler les actions de ce Ministère.

En effet ledit Ministère commence à prendre le plaisir de fourrer son nez un peu partout et risque d’entrer par inadvertance dans la caverne d’Ali Baba, c’est la crainte de Deby. Désormais le Ministère agira sur instructions personnelles de Deby et sous le contrôle vigilant du fiston, le Dircab, c’est dire que Deby a, en fait répondu, par anticipation, aux questions de ses Ministres.

Beremadji Félix
N’djaména