Interview accordée par Yorongar à l’Observateur 10/9/07 à propos de l’accord du 13 août 2007

Ngarlejy YORONGAR «Les signataires de cet accord ne savent pas de quoi il s’agit puisqu’ils n’ont jamais été victimes d’un hold-up électoral à mains armées aux présidentielles comme je l’ai été en mai 2001. La différence entre eux et moi est qu’ils ont un seul souci, celui d’effectuer un rapide retour aux râteliers qu’Idriss Déby leur offre par le truchement de cet accord parce que obnubilés par ce retour à la «mangeaille». Ils ne savent pas de quoi, il s’agit, et de quoi ils discutent...».

L’Observateur: C’est comme si les élections étaient les seules panacées au problème du Tchad, la bonne gouvernance et à la question de paix ?

Ngarlejy Yorongar: C’est plus simple de vous réponds par des questions. A-t-on besoin d’un accord électoral pour modifier ou réformer le code électoral et les lois portant institutions de gestion des élections telles la Céni, la Cnre, le conseil constitutionnel…? Depuis, 1996, il y a eu moult modifications du code électoral notamment et de ces institutions par la Dcp au sein de laquelle siègent les signataires. Est-ce que ces modifications ont-elles apporté des élections transparentes comme l’auraient souhaité les Tchadiens ? Et pourtant, tous les signataires de cet accord du 13 août 2007 étaient à la fois membres du gouvernement et du bureau de l’Assemblée Nationale aux termes d’un accord dénommé Dcp que le Far/PF avait refusé de signer à l’époque. Et pourtant, toutes les lois électorales actuellement en vigueur ont été adoptées par ce gouvernement et de l’Assemblée issue de la Dcp. A-t-il fallu que ces signataires soient renvoyés du gouvernement, chassés de l’Assemblée Nationale, réduits à leur simple expression et victimes des fraudes aux législatives de 2002 pour crier aux voleurs et négocier un accord qui n’est que de la poudre aux yeux ? Comme quoi, le ridicule ne tue pas. Nul ne peut faire valoir ses propres turpitudes.

L’Observateur: Aviez-vous refusé de signer cet accord ?

Ngarlejy Yorongar: c’est pour des raisons très simples. Comment voulez-vous que je signe et papier qu’imposent M. Gilles Desesquelles et ses compères dans sa forme actuelle ? Pour mémoire, si Idriss Déby est au pouvoir encore aujourd’hui, c’est grâce à la Céni de Yokabdjim Mandigui, au conseil constitutionnel de feu Pascal Yoadimnadji, ancien président de la Céni de 19963 à 1997, conseil dont les neuf (9) membres sont vos militants patentés du Mps, à l’Ambassadeur de France, M. Jacques Courbin, un faiseur du roi, aux candidats faire-valoir, qui, liés pourtant à nous par un accord électoral, tiennent les réunions, le jour, avec nous, et rencontrent Idriss Déby, la nuit venue, pour concocter un plan diabolique tendant à nous éliminer physiquement dans le seul dessein de gruger notre victoire pour lui permettre de s’autoproclamer «démocratiquement élu» après m’avoir fait arrêter et torturer, nous obligeant ainsi à être évacué en France grâce, respectivement, à six médecins tchadiens exerçant en France et une âme samaritaine tchadienne dont nous taisons le nom à sa demande. Dans ce cas précis, faut-il que je signe un accord électoral qui ne prenne pas, en compte, les principales préoccupations des Tchadiens contenues dans nos propositions? Ceux qui, les yeux fermés, ont signé cet accord ne savent pas de quoi il s’agit puisqu’ils n’ont jamais été clairement victimes des fraudes massives ou d’un hold-up électoral aux présidentielles comme moi, je l’ai été dans ma chaire et dans mon os en mai 2001. La différence entre eux et moi est qu’ils ont un seul souci, celui d’effectuer un rapide retour aux râteliers qu’Idriss Déby leur offre par le truchement de cet accord parce que obnubilés par ce retour à la «mangeaille», ils ne savent pas de quoi, il s’agit, et de quoi ils discutent comme au temps de la Dcp. D’ailleurs, à peine, leur signature apposée au bas de cet accord, ces compères se bouffent déjà les nez (cf. le communiqué de M. Jean Alingué Bawoyeu n°10/SGUDR/2007 du 28 août 200 en annexe 1). D’ailleurs, d’autres signataires de ct accord, qui rongent leurs freins comme M. Jean Alingué Bawoyeu étaient également prêts à pondre des communiqués de protestation, mais ils sont gentiment priés de prendre patience en attendant le remaniement ministériel. Donc, pour nous, il faut de profondes réformes du code électoral et des institutions de gestion des élections. Voici ce dont nous voulons voir obtenir au cours de ce fameux dialogue inspiré par l’Union Européenne :

  1. Le Conseil constitutionnel: Comme la Céni, la composition du Conseil constitutionnel qui a le dernier mot doit être réformée pour être paritaire. La société civile nationale (association des Droits de l’Homme, organisations syndicats et presse) et la société civile internationale (observation) doit y être représentées comme des témoins, la création des commissions interdite pour la simple raison que tous les travaux doivent être faits en plénière et devant le public pour éviter les manipulations.
  2. Le recensement général de la population : Selon la décision initiale prise par consensus, le 16 avril 2007, le dialogue interpartis, la Céni a la mission de procéder au recensement général de la population. Le recensement général sera couplé avec le recensement électoral pour gagner le temps et l’efficacité. Or, par les manœuvres inadmissibles de M. Desesquelles et ses taupes, le recensement général de la population est dissocié du recensement électoral et confié au gouvernement dont on connaît les limites en la matière.
  3. La tranche d’habitants pour déterminer le nombre des députés par circonscription électorale est un véritable piège à con: Pour permettre au Mps et ses alliés de disposer la majorité mécanique à l’Assemblée Nationale à travers des régions présélectionnées dont le nombre de population sera anormalement augmentée pour le besoin de la cause, le recensement général de la population est confié au gouvernement en lieu et place de la Céni. Il faut que, par esprit de justice, il faut confier le recensement de la population à la Céni comme initialement décidé par consensus.
  4. La Céni : La composition paritaire de la Céni doit tenir compte du couplage de ses membres (opposition-pouvoir) qui sont en mission sur le terrain. Aussi, sur place, les membres de la Céni en mission doivent associer obligatoirement les représentants des candidats locaux lors de tous leurs déplacements. La création des commissions au sein de la Céni est interdite, les travaux se font en plénière devant le public dans la grande salle du Palais du 15 janvier etc. La société civile tchadienne (droits de l’homme, syndicats, presse) et la société civile internationale (observation des élections) y sont représentées comme témoins.
  5. Le démembrement de la Céni: Seule sous-Céni sous-préfectorale centralise devant le public tous les résultats des bureaux de vote, délivre le procès-verbal aux représentants des candidats ou des partis politiques avant d’acheminer l’original de son procès-verbal à la Céni nationale à N’Djaména. Les échelons départementaux et régionaux de la Céni prévus par cet accord doivent être supprimés parce que source évidente de fraudes.
  6. Le vote des Tchadiens de l’étranger, bastion des fraudes: Le vote des Tchadiens de l’étranger doit être suspendu en attendant un recensement exhaustif des Tchadiens de l’étranger conformément aux dispositions du code de nationalité tchadienne. Le maintenir cache mal l’intention de frauder.
  7. Le vote par procuration et des personnes en déplacement, source de fraudes: Le vote par procuration et celui des personnes en déplacement doivent être supprimés pour plus de transparence. Ce vote est inventé pour des raisons de fraudes.
  8. Le bureau permanent des élections : Le bureau permanent des élections doit être dirigé par un expert neutre en élection nommé d’un commun accord sur proposition conjointe de la Céni et du Comité de suivi.
  9. La composition du bureau de vote: Le bureau de vote doit comprendre les représentants de tous partis politiques et/ou des candidats aux élections sans exclusive.
  10. L’ouverture et la fermeture du bureau de vote: Les heures d’ouverture et de fermeture doivent être fixées de 6 heures à 15 heures pour permettre le dépouillement, la remise des procès-verbaux aux représentants des candidats ou des partis politiques et l’acheminement dans la journée. La centralisation et l’acheminement des procès-verbaux se font en public et sont du seul ressort de la sous-Céni sous-préfectorale.
  11. Le dépouillement doit se faire publiquement: Le dépouillement et la publication des résultats doivent se faire devant le public et ce, dans la journée. Il est interdit aux membres du bureau de vote de se cacher ou de chasser le public avant de procéder au dépouillement des résultats.
  12. Le vote des militaires un jour avant les autres Tchadiens: Le vote des militaires doit se passer le même jour comme tous les autres Tchadiens. Donner aux militaires un jour de vote avant les autres alors qu’on a supprimé les quatre jours accordés aux nomades est insensé et cache mal l’intention de frauder. Les militaires votent le même jour dès l’ouverture des bureaux de vote situés près des camps où ils sont tous consignés.
  13. Le report des élections à 2009: Selon les experts en recensement, si le recensement général de la population est couplé avec le recensement électoral, les élections peuvent avoir lieu à la dans un an.
  14. Le comité de suivi et d’appui de l’accord: Le comité de suivi et d’appui de l’accord étant d’ordre public, il doit comporter les représentants de tous les intéressés à cet accord, sans quoi, il y a risque de violer les dispositions de la constitution en matière d’égalité devant les lois.
  15. Le montant de caution exorbitant dissuade nombre de militants convaincus de certains partis à se présenter aux élections: Le candidat à l’élection présidentielle paie un montant symbolique de cinq cent mille (500.000 F CFA), le candidat aux législatives paie 50.000 F CFA et la liste des candidats des partis politiques aux municipales paie également 50.000 F CFA. Voilà, les réformes attendues par les Tchadiens pour les rassurer et non celle concoctées par les officines de M. Gilles Desesquelles et ses taupes.

L’Observateur: L’opposition armée va-t-elle faire le jeu, lorsqu’il lui est demandé de se greffer à cet accord ?

Ngarlejy Yorongar: Vous devriez poser cette question aux intéressés et non à moi. Si vous n’avez pas leurs coordonnées téléphoniques pour les contacter, je peux vous les obtenir.

L’Observateur: Quel est le schéma de sortie de crise que proposez-vous donc ?

Ngarlejy Yorongar: Le Far/PF et l’Ufdd de Mahamat Nouri ont proposé une sortie de crise honorable que la plupart des acteurs politiques tchadiens ont apprécié sa pertinence. Nous attendons l’adhésion massive de ces acteurs politiques tchadiens, si les petites jalousies habituelles de certains tchadiens connus leurs manœuvres diaboliques ne prennent le dessus. Etant donné que l’Union Européenne s’est impliquée, comme facilitateur dans le dialogue inter-tchadien pour parvenir à cet accord électoral entre le Mps et la Cpdc. De même, faut-il rappeler que, sous la houlette de la France, elle va bientôt procéder au déploiement de ses troupes dans notre pays. A-t-on Est-il besoin de rappeler que la situation au Tchad après quarante sept (47) ans d’indépendance dont quarante quatre (44) ans de guerre civile totale qui se résume à elle seule le calvaire que vivent les Tchadiens ? Sur les quarante quatre (44) ans de guerre fratricide aux conséquences humaines et matérielles dramatiques: douze sur quinze (12/15) ans de guerre sous le régime de feu Tombalbaye (1963-1975), étant entendu que, les trois premières années (1960-1964), la paix régnait sur l’ensemble du pays; quatre (4) ans de guerre sous le régime du Général Félix Malloum Ngakoutou Bey-Ndi; trois (3) ans de guerre sous ceux de MM. Mahamat Lol Choua et Goukouni Weddeye (1979-1982); huit (8) ans de guerre sous M. Hissein Habré (1982-1990) ; dix sept (17) ans de guerre sous l’administration de l’actuel chef de l’Etat, M. Idriss Déby (1990-2007). Le régime de M. Idriss Déby est couronné par les faits suivants: ses compagnons du 1er avril 1989 et ceux de Bamina (Soudan) l’ont lâché pour mener la lutte armée contre son régime qu’ils avaient contribué à mettre en place (feux Maldom Bada Abbas, Abbas Koty, Ketté Nodji Moise, Ousman Gam, Khaffine, etc.), ses collaborateurs recrutés sur place à N’Djaména en 1990 après le coup d’Etat contre le régime d’Hissein Habré n’hésitent pas à prendre les armes pour le combattre (feu le lieutenant Laoukein Bardet, feu le colonel Goudji, feu Youssouf Togoïmi, MM. Mahamat Nouri, Taher Guinassou, Aljineidi, Acheik Ibn Oumar, etc.), même le dernier carré constitué de sa propre famille l’a abandonné (Tom et Hissein Erdémi, Abakar Tollimi, Séby Aguid, etc.) ; des rébellions poussent partout comme des champignons ; le pillage des deniers publics, la corruption, la concussion et l’impunité qui les accompagnent, mettent pratiquement le Tchad dans une situation de cessation de paiement en dépit des revenus pétroliers. En effet, il y a un temps pour faire la guerre et un temps pour faire la paix. Le Tchad a besoin de cette paix. Le Chef de l’Etat lui-même convient courageusement que le Tchad et les Tchadiens sont offerts en pâture à des sangsues qui les saignent à blanc chaque jour davantage. Il reconnaît humblement que les génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et les violations massives des Droits de l’Homme sont légion et le lot quotidien des Tchadiens. Il admet honnêtement comme tout le monde que la justice, l’administration, l’armée, la gendarmerie, la police gangrénée par la corruption etc. n’existent que de nom. Face à une telle situation, humblement, le chef de l’Etat doit prendre une courageuse décision de salut national. C’est pourquoi, nous en appelons à son âme et conscience d’homme de faire prendre contact avec tous les acteurs politiques y compris les politico-militaires et la société civile en vue de renouer un dialogue en présence plusieurs chefs d’Etat sélectionnés. Une fois l’accord intervenu, les signataires doivent concéder une amnistie à vie à Monsieur Idriss Déby, Chef de l’Etat; dissoudre l’Assemblée Nationale; toiletter des lois électorales, réformer les organes de gestion des élections et certains points de la constitution relatifs aux élections qui restent après la signature de l’accord électoral du 13 août 2007, exception faite du mandat; organiser les élections présidentielles et législatives couplées, libres, démocratiques et transparentes conformément à la constitution en vigueur. En attendant la mise en place des institutions issues des nouvelles élections, le chef de l’Etat s’engage à impliquer les acteurs politiques dans la gestion de la chose publique dans un esprit de concertation, conformément aux dispositions de la constitution; la mise en place d’une commission de suivi et de concertation de l’application de l’accord. Cette commission peut faire appel à toute personne qu’elle juge nécessaire dans l’accomplissement de sa mission; réinsérer les combattants des mouvements signataires de l’accord dans les rangs des forces de sécurité et des formations paramilitaires, conformément aux statuts et règlements intérieurs en vigueur; réhabiliter les militaires et fonctionnaires civils des mouvements dans leur cadre d’origine ; transformer les mouvements en partis politiques, conformément aux textes régissant la vie politique du pays et ce, pour ceux qui le désirent selon la procédure d’urgence; les mouvements (…) renoncent à la lutte armée, conformément aux dispositions de la République du Tchad; les pays et organisations cités parrainent les clauses de l’accord. En cas de divergence dans son application, les parties à l’accord peuvent faire recours à la médiation (parrains de l’accord).Toutes les propositions du gouvernement, telles que reproduites, sont prises en compte à savoir : réaffirmer la forme (actuelle) de l’Etat; garantir les libertés fondamentales (libre circulation des personnes et des biens, liberté de presse, respect des cultes, religions et traditions); former un gouvernement dirigé par un premier Ministre doté de larges pouvoirs; élaborer un cahier des charges (une feuille de route); instaurer un cessez-le-feu; cantonner les troupes des politico-militaires dans des zones choisies d’accord parties pour leur prise en charge par le gouvernement; intégrer ces troupes dans une armée nationale. En dehors des sujets qui fâchent, notamment la charte fondamentale qui remplacerait la constitution et le gouvernement de transition dont le premier Ministre serait issu des rangs de l’opposition politico-militaire, toutes les revendications de celle-ci sont entièrement prises en compte. Les thèmes du dialogue consensuel de paix proposés à partir de Libreville par l’équipe de M. Goukouni Weddeye au chef de l’Etat, M. Idriss Déby sont les suivants: restructuration et refonte des forces de défense et de sécurité pour en faire des forces républicaines au service du Tchad et des tchadiens; rétablissement de l’état de droit et de bonne gouvernance politique et économique ; restauration des structures démocratiques, notamment la Commission électorale en la rendant véritablement indépendante et l’organisation d’élections libres et transparentes sous supervision internationale; instauration d’un système judiciaire indépendant avec un personnel compétent et ayant une haute conscience de ses responsabilités; respect de toutes les libertés fondamentales. En dehors des sujets qui fâchent telles que les réformes des méthodes de gestion de l’Etat et la mise en place d’un gouvernement de consensus avec un cahier de charges précis et réalisable, toutes les propositions du groupe de M. Goukouni Weddeye adoptées à Libreville sont totalement prises en compte. En outre, M. Goukouni Weddeye et son groupe proposent une Commission technique articulée comme suit: un secrétariat technique permanent qui fait office de cabinet du Facilitateur (secrétaire général, secrétaire général adjoint, trois conseillers); un pool de conseillers disponibles au moment opportun. Par ailleurs, ce groupe mentionne, un Comité de facilitation. Selon le groupe de M. Goukouni, ces éventuels facilitateurs pourraient avoir une influence positive. Toutes ces propositions de Far/Parti Fédération, de l’opposition politico-militaire et du groupe de M. Goukouni Weddeye seront fondues, le moment venu, en une seule proposition. Pour les quatre (4) promoteurs de cette proposition sortie de crise, la seule voix de salut pour le Tchad, passe par cette voie et par cette voie seulement.

Transmis à la Rédaction par Ngarlejy YORONGAR


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