Résumé de l’introduction du Dr Albissaty Saleh Allazam à l’ouverture de la conférence de presse à Dakar – RADDHO

Nous nous excusons auprès du Dr Albissaty au cas où nous avions omis un passage important.

Mesdames et Messieurs,
Très chers invités,

Il y a déjà une année que nous vous avions invités au siège de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) pour un exposé sur la situation sociopolitique qui prévalait au Tchad.

Aujourd’hui plus qu’hier, cette situation se trouve être totalement dégradée. Les initiatives de paix engagées par les tchadiens de l’intérieur comme de l’extérieur n’ont eu l’encouragement qu’elles méritent de la part du régime de Deby Itno; tout comme le processus de paix commencé à Tripoli, récemment, nonobstant la bonne volonté des opposants politico-militaires.

Aussi, « … » le but de cette conférence de presse est de vous évoquer les raisons de l’échec de la médiation libyenne, de l’accord signé le 14 août dernier entre une partie de l’opposition démocratique et le Mouvement Patriotique du Salut, parti au pouvoir, de l’ingérence étrangère, de l’indifférence des institutions internationales dans la crise tchadienne et surtout de notre démarche auprès des autorités sénégalaises en vue d’aider les Tchadiens dans la recherche de la paix en pilotant une conférence internationale sur le Tchad.

« … » nous pensons qu’à défaut d’une solution globale, solution à laquelle toutes les parties en conflits concernées donneront leurs contributions, le pays se dirigera tout droit vers une guerre totale qui embraserait toute la région.

Nul n’est sans savoir que la dégradation de la situation actuelle du Tchad résulte de la malgouvernance d’abord politique, qui consiste aux violations massives des droits de l’homme. Nous pensons donc que notre problème au Tchad, est d’abord un problème de droit.

C’est pourquoi les Tchadiens se trouvent obligés de recourir aux armes pour se faire justice face à un régime liberticide et totalitaire. Et ce recours leur est concédé voire imposer par la constitution qui dit à son préambule

 » Proclamons solennellement notre droit et notre devoir de résister et de désobéir à tout individu, à tout corps d’Etat qui prendrait le pouvoir par la force ou l’exercerait en violation de la présente constitution » et cette même constitution ajoute:
 » Affirmons notre opposition totale à tout régime dont la politique se fonderait sur l’arbitraire, la dictature, l’injustice, la corruption, la concussion, le népotisme, le clanisme, le tribalisme, le confessionnalisme et la confiscation du pouvoir. »

Il est donc on ne peut plus clair que l’opposition armée est légitimée par le texte fondamental adopté par le peuple.

Mesdames, messieurs, chers invités

Depuis l’accession d’Idriss Deby au pouvoir, tous les acteurs politiques et la société civile tchadienne ne cessent de demander une concertation politique réelle en vue de trouver des solutions pacifiques aux différents maux qui minent notre pays. Mais hélas! Face à cette volonté populaire, il s’est opposé un refus catégorique de la part du régime en place.

C’est la raison pour laquelle le pays se trouve être plongé dans une instabilité sociopolitique sans précèdent. Les grèves des syndicats socioprofessionnels se succèdent sans que des solutions pragmatiques ne soient apportées à cause de l’insouciance du pouvoir.

Politiquement, la déjà traditionnelle absence de transparence dans la gestion de la chose publique et surtout le déficit démocratique ont conduit à des changements de régime toujours par la manière forte.

Pour mémoire, le premier président de la République, feu Ngarta Tombalbaye, fut renversé de manière violente, le 13 avril 1975;

Le président Malloum qui lui a succédé est renversé presque de la même manière puisque son départ a été réclamé par les forces qui s’entredéchiraient dans la capitale.

Goukouni Weddei, qui fut un président de consensus, fut renversé par hissène Habré, et par la force. Ce dernier était contraint à son tour de quitter le pays avec l’arrivée de Forces de Deby. Et comme vous le savez, Deby, lui-même, était presque anéanti le 13 avril 2006 par les forces de l’opposition armée, malgré le soutien multiforme de l’armée française, et une baraka exceptionnelle

Mesdames, messieurs,

Sans une solution radicale qui découlerait de la prise en compte des causes réelles de la crise tchadienne, nous ne cesserons de compter des victimes parmi ceux qui croient à la bonne volonté du régime. Les exemples des cas d’assassinats de ceux qui ont signé des accords de paix avec Deby ou parmi ses fidèles lieutenants, qui sont passés de vie à trépas parce qu’ils ont cru en lui, ne se comptent pas.

En guise d’exemple;

  • Le 13 octobre 1991, soit dix mois après sa prise de pouvoir, le président Idris Deby Itno a inventé un complot « Hadjeraï » contre son régime qui lui permit d’en découdre avec son principal allié, issu de cette communauté tchadienne, M. Maldoum Bada Abbass, aujourd’hui décédé.

S’en suivit une chasse à l’homme en règle contre les membres de la tribu de la victime.


  • Le 22 octobre 1993, Le colonel Abbas Koty Yacoub a été froidement abattu au domicile de M. Bichara Djigui, en plein ville de N’djaména, alors qu’il était signataire d’un accord de paix sous les auspices de la Libye et du gouvernement soudanais, le 17 août 1993. Son corps n’a pas été restitué à sa famille jusqu’à nos jours

  • M Bichara Digui a été, à son tour, criblé des balles par les forces spéciales de Deby, en pleine circulation alors qu’il se dirigeait vers son deuxième domicile.
  • Le capitaine Ketté Moise tout comme le lieutenant Laokein Bardé après lui, opposants au régime, ont été lâchement assassinés pendant qu’ils étaient en négociation avec les émissaires de Deby.
  • Même les parents d’opposants ne sont pas exemptés par la machine de mort du régime comme ce fut le cas, tout récemment, de Madame Douchi Korey qui a été froidement abattue chez elle, devant ses enfants, parce qu’elle a un frère opposant, de Ahmat Barkay et tant d’autres anonymes.

Bref, il ne se passe pas un seul jour où au moins une dizaine de personnes ne soit assassinée rien que dans la capitale N’Djamena. Vos confrères à N’Djamena pourront témoigner.

Mesdames, messieurs, chers invités

Vous comprendrez maintenant, au vu de ce bref aperçu, pourquoi nous tenons à une conférence internationale sur le Tchad, conférence que nous souhaiterions inclusive, qui réglera la crise tchadienne et ses ramifications dans le Darfour.

Aussi, notre choix pour que cette conférence soit pilotée par le Sénégal n’est pas fortuit.

Le Sénégal a une longue et riche tradition démocratique, et le Président Me Abdoulaye Wade, prix de l’UNESCO pour la paix, est une personnalité connue pour sa sagesse, et ses capacités de médiateur qui se sont concrétisé par la résolution de la crise malgache, ivoirienne et j’en passe, feront de lui l’homme sur qui on peut compter pour cette entreprise salutaire.

De même, nous tenons ici une occasion toute indiquée pour formuler nos remerciements à la RADDHO, cette institution panafricaine pour la défense de droit de l’Homme et son secrétaire général, M Alioune Tine, sans le concours duquel cette conférence de presse tout comme notre séjour à Dakar n’aura pas lieu.

C’est l’occasion aussi, pour nous de remercier l’honorable DOUDOU Wade, président du groupe Libéral et démocratique, membre du parlement de la CEDEAO, adjoint au maire de la ville de DAKAR et l’honorable Modou Diagne Fada, président du groupe parlementaire de l’opposition, et président fondateur de waarwi avec qui nous avons longuement discuté et qui se sont montrés particulièrement réceptifs à notre message, sans oublier bien entendu tous les membres de la société civile et les chefs religieux que nous avons rencontrés et avec lesquels nous avons discutés pendant notre séjour .

Mesdames, messieurs, chers invités,

Pour une meilleure gestion du temps, nous nous limitons à ces quelques mots et sommes disposés à répondre à vos questions en la matière.

Je vous remercie

Dakar, le 14 septembre 2007


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