Un circuit parallèle se substitue aux médecins dans la délivrance: Le certificat médical se vend au marché – Le Progrès N° 1956 du 9 mai 2006

La délivrance des certificats médicaux pose problème. Les médecins en charge de ce document, très important surtout pour les demandeurs d’emplois, sont en colère depuis deux semaines. Ils réclament le payement de leurs 40 % sur les reçus de ces certificats médicaux qu’ils délivrent aux usagers. Ils ne l’ont pas perçus depuis le mois de juin 2005. D’après M. Paul Ngarnaïmbaye, médecin à l’Hôpital Sultan Kasser de N’Djaména et chargé de délivrer les certificats médicaux, le régisseur qui assurait ce service n’a pas remis pied à l’hôpital depuis le mois de juin 2005.

cer Après renseignement au niveau du Trésor public, il se trouve que le régisseur nommé pour faire la collecte de l’argent des reçus est absent de son lieu de travail depuis plus de quatre mois. Ainsi, les médecins décident qu’on leur nomme un autre régisseur. C’est ce qui a été fait au début du mois de mars 2006. Ils conviennent avec ce dernier de laisser tous les arriérés accumulés avant lui et qu’il respecte, scrupuleusement, son engagement à leur régulariser, à chaque fin de mois, le pourcentage sur les reçus des certificats médicaux qu’ils délivrent aux intéressés. C’est sur cette base que les deux parties auraient accepté de travailler. Malheureusement, le nouveau régisseur replonge dans les mêmes erreurs que son prédécesseur. Depuis deux semaines, les médecins ne l’ont pas revu. Et, ce sont les usagers qui en prennent le coup. Tous les matins, bon nombre d’usagers, surtout des jeunes, se présentent pour se faire délivrer les certificats médicaux, mais repartent toujours déçus. Il n’y a pas de reçu. Les médecins ont décidé de ne pas délivrer ce document sans reçu. Toutefois, harcelés, certains médecins s’arrangent à délivrer aux demandeurs, gratuitement, sans prendre un franc. Cependant, le gros problème qui reste est celui de sa validité. «Nous avons demandé au nouveau régisseur de revenir pour qu’ensemble on puisse trouver un terrain d’entente à ce problème. Malheureusement, cela fait deux semaines, aujourd’hui, qu’on ne l’a plus revu. Il n’y a pas de reçu. Comment voulez-vous qu’on puisse établir ce document important sans le reçu du Trésor public. Nous ne sommes pas en grève comme beaucoup le pensent. Bien que nous soyons mécontents, nous sommes prêts à faire le travail si le régisseur revient nous voir», se justifie M. Paul Ngarnaïmbaye, médecin traitant, chargé de délivrer les certificats médicaux, ce lundi 8 mai 2006. Ce tiraillement entre les médecins et leur régisseur arrange certains opportunistes. Ils se sont substitués aux médecins mécontents. Ils détiennent des certificats médicaux vierges, avec le cachet et la signature de certains médecins de l’Hôpital Sultan Kasser, qu’ils vendent aux usagers. Ces derniers, eux aussi, pour des raisons de temps, sont obligés d’accepter, malgré que ces documents sont établis dans des conditions douteuses. Cet état de fait vient accentuer l’incertitude qui plane sur la crédibilité des certificats médicaux délivrés aux utilisateurs. Déjà, tout le monde sait que le certificat médical à N’Djaména se délivre sans que le médecin puisse vérifier, au moins l’identité du demandeur. Parfois, on l’établit en l’absence de l’intéressé. Si aujourd’hui il se vend dans les rues comme des cacahuètes, pourquoi l’exige-t-on dans les dossiers de recrutement ou d’emploi dans la Fonction publique?


Abel Nayalta Tossi
Le Progrès N° 1956 du 9 mai 2006


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