Dans la prison des Français au Tchad – Libération

Arche de Zoé. Les responsables de l’association se disent «lâchés» par Paris.

Au fond de la cour de la maison d’arrêt de N’Djamena, vivent une quarantaine de détenus. Parmi eux, les six Français de l’Arche de Zoé, poursuivis pour enlèvement de mineurs, et les quatre Tchadiens, accusés de complicité. «C’est Guantanamo», plaisante un responsable de la prison, reprenant le surnom populaire donné à ce bâtiment. «Asseyez-vous ! affirme l’ex-militaire Dominique Aubry, joignant le geste à la parole. On va chercher les autres.»

Les portes sont grand ouvertes pour les inculpés de l’Arche de Zoé. Ces derniers ont installé un petit salon «arabe», composé d’un matelas et d’une natte. «Nadia dort», confie Dominique Aubry, en guise d’excuse. L’infirmière Nadia Merimi a fait un «malaise», il y a une dizaine de jours, que certaines sources judiciaires tchadiennes qualifient de «tentative de suicide par prise de médicaments». «Elle a des hauts et des bas,ajoute Dominique Aubry. Quand on demande à un journaliste que sa photo n’apparaisse nulle part et qu’on se retrouve à la une de toute la presse, ça vous donne un coup.»

«Rideaux». Nadia Merimi reste allongée sur son lit, se cachant le visage dans les mains. «Chacun réagit à sa manière, on vit la prison différemment, commente Emilie Lelouche. On n’est forcément pas bien, puisqu’on est en prison.» Chacun salue les efforts de l’administration pénitentiaire tchadienne. «Regardez ! On a des matelas, des moustiquaires», affirme Emilie Lelouche, en faisant visiter les deux cellules où dorment les six Français. Eric Breteau, le «patron» de l’Arche de Zoé, renchérit : «L’administration de la prison fait tout pour que l’on soit bien.» Emilie précise :«On a installé des rideaux pour se protéger des regards des autres détenus.»

En face, ils sont une demi-douzaine par cellule, porte fermée, qui observe les allers et venues des inculpés français. Avec les anciens cartons des rations militaires françaises, les détenus ont confectionné des étagères pour leurs effets personnels. «Nos comptes et ceux de l’association ont été bloqués, mais nous avons pu acheter tout ce que vous voyez là, on paie aussi un restaurant pour qu’il nous livre de la nourriture», explique Emilie.

Dans une autre cellule, sont incarcérés deux des quatre Tchadiens inculpés de complicité. «Sur les quatre, il y en a trois que nous n’avions jamais vus», s’étonne Emilie. Le sous-préfet, le maire, le secrétaire général de la mairie et le chef de canton de Tiné, ville frontalière avec le Darfour, ont tous été incarcérés et inculpés de complicité avec les six de l’Arche de Zoé. «Je ne comprends pas pourquoi je suis là, assure, en anglais, le sous-préfet de Tiné. Je n’avais jamais vu ces personnes auparavant.»

Eric Breteau assène : «On s’étonne que deux des personnes avec lesquelles on travaillait, et qui nous ont affirmé que les enfants étaient des orphelins du Darfour, ne soient pas inculpées», faisant allusion au traducteur Hassan Aroun et au colonel de l’armée tchadienne Mahamat Itero. «Nous sommes frustrés de ne pas pouvoir donner notre version des faits, explique Emilie Lelouche,et nous avons l’espoir qu’on reconnaisse que nous étions là pour faire un “taf


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