Les pseudo-orphelins du Tchad vont bien – L’Humanité

Abéché . Dans l’orphelinat où ils sont hébergés, les cent trois enfants que l’Arche de Zoé s’apprêtait à ramener en France, reprennent goût à la vie.

« Je suis vraiment content ici », confie le petit Hamza. Du haut de ses huit ans, le bonhomme se tortille, un peu timide dans sa chemise à rayures orange et son jean trop large. Il sourit aux blagues de l’animateur et n’a pas l’air du tout impressionné par le « Blanc ». Comme les cent trois enfants que l’association l’Arche de Zoé a tenté d’emmener en France illégalement, Hamza retrouve peu à peu son équilibre. Sous un large hangar de paille et de tissus, les enfants rassemblés sur des nattes profitent en babillant du moment calme de la journée.

L’orphelinat de la mission protestante franco suisse, Bakan Assalam (le havre de paix), porte bien son nom. Une grande cour calme, ombragée par les arbres, où sont disposés de larges bâtiments. Près d’un mur, trois femmes en foulard s’affairent autour d’un plat en osier rempli de feuilles de salades. Dans la cour du fond où sont les enfants, des dizaines de vêtements colorés pendent sur une corde à linge. « Nous veillons à ce que ces enfants soient dans les meilleures conditions possibles compte tenu de leur situation », explique David Sommer, l’un des responsables de la mission. Désormais, les enfants s’endorment sans histoire après les pleurs et les cris des premiers jours. « Au début, les enfants étaient terrorisés. Il y avait trop des gens qui venaient les voir », se souvient Mahamat Hissene, le délégué régional à l’action sociale.

Assise sur le sol à l’ombre d’un buisson, une femme en robe imprimée de batik oran- ge joue avec son petit sur les genoux. « C’est la mère du plus jeune du groupe et nous avons décidé de l’intégrer dans le centre », explique Abou Honoré, responsable du centre social d’Abéché. La présence des parents est jugée importante, et officiellement, des mesures ont été prises pour faciliter les visites régulières de ceux d’entre eux qui sont venus s’installer en ville. Selon Honoré, après Alimé, une deuxième mère pourrait être prochainement autorisée à venir s’occuper de son enfant durant la journée. Hamza, qui a vu son père quatre fois depuis qu’il est là, voudrait pourtant rentrer chez lui. « Ce qu’il y aurait de plus bénéfique pour ces enfants, c’est qu’ils retournent dans leur famille », estime David Sommer. Un avis partagé par les responsables de l’action sociale tchadienne qui supervisent leur prise en charge.

« La décision est dans les mains de la justice. Si le juge délivre une ordonnance pour la réunion d’un parent et d’un enfant, nous l’effectuerons immédiatement », explique Mahamat Hisene. Il faut d’abord faire aboutir l’enquête destinée à s’assurer de l’identité des parents. L’affaire mobilise plusieurs services tchadiens assistés par le Comité international de la Croix-Rouge, de l’Unicef et du haut-commissariat aux réfugiés. Selon l’action sociale régionale, presque 80 enfants et leurs 43 parents auraient déjà été identifiés avec certitude. Des visites doivent néanmoins encore être effectuées dans les villages d’origines supposés, pour interroger les autorités locales et recouper les informations.

« Nous devons encore procéder à des vérifications », tempère d’ailleurs Jean-Pierre Basse, chargé de la protection à l’Unicef. Techniquement, il estime que le processus de réunification pourrait démarrer dans deux semaines et s’étaler sur plusieurs mois. Mais, pour l’instant, les enfants restent sous l’autorité de la justice tchadienne. L’arrivée hier à Abéché, pour de premières auditions, du juge d’instruction chargé du dossier pourrait accélérer les choses. Mais nul ne peut prédire quand les enfants vont pouvoir rentrer chez eux, tant leur existence est devenue un enjeu politique.

Camille Bauer


Commentaires sur facebook